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Le président Bouteflika nargue son monde en lui signifiant, en substance, que ce qu’il s’est permis, lui, ne sera pas à la portée des autres.

Bouteflika verrouille sa succession

Le président Bouteflika nargue son monde en lui signifiant, en substance, que ce qu’il s’est permis, lui, ne sera pas à la portée des autres.

Le projet de révision constitutionnelle confirme, si besoin est, la démarche suivie par le président Bouteflika depuis son accession au pouvoir : il ne s’est jamais embarrassé des formes pour faire passer ce qu’il voulait. En décidant de revenir à la limitation des mandats présidentiels, et surtout en mentionnant que cette question sera parmi les constantes, le président Bouteflika nargue son monde en lui signifiant, en substance, que ce qu’il s’est permis, lui, ne sera pas à la portée des autres.
Il a légué un cadeau empoisonné à son successeur. Le président Bouteflika, qui s’est permis trois révisions constitutionnelles, dont celle qui avait fait sauter le verrou de la limitation des mandats, met ses adversaires dans la gêne : ils seront contraints, eux aussi, de revoir la Constitution, pas forcément pour s’offrir des mandats à vie, mais parce que beaucoup de dispositions qui figurent semblent être dictées par la seule urgence de garantir une succession telle que voulue par le président Bouteflika. Le projet de révision constitutionnelle insiste sur la nationalité algérienne exclusive, pour l’exercice des hautes responsabilités de l’État et aux fonctions politiques.
Une disposition, certes, contenue dans les anciennes Constitutions, mais qui contredit la réalité actuelle, sous le règne du président Bouteflika. Plusieurs hauts responsables ne remplissent pas cette condition. Outre les binationaux, certains sont nés à l’étranger, tandis que d’autres sont considérés comme des “coopérants techniques”.
L’article 73 du projet de révision constitutionnelle ajoute d’autres conditions d’éligibilité au poste de président de la République, notamment, la nationalité algérienne d’origine et, surtout celle des parents et même de l’épouse. Il exige, en outre, que le candidat justifie d’une résidence permanente exclusive en Algérie durant un minimum de dix ans précédant le dépôt de candidature.
Cette disposition exclut automatiquement tous les Algériens établis à l’étranger ou disposant d’une double nationalité. Tous les chercheurs et autres sommités installés à l’étranger apprécieront ce geste !
Le projet insiste sur le fait que la limitation des mandats présidentiels ne saurait être révisée dans l’avenir. Après quoi ? Le président Bouteflika, qui n’a jamais admis avoir fauté en s’offrant quatre mandats présidentiels successifs, décide, donc, pour les autres qui vont lui succéder. Le bon sens et la pédagogie exigent que l’on commence par donner l’exemple, soi-même.
En tout cas, cette énième révision constitutionnelle, au-delà de son contenu, ne sera pas la dernière.
Elle confirme que le premier texte de la nation demeure aléatoire, soumis aux humeurs et calculs des dirigeants du moment. Alors que les grandes nations disposent de Constitutions immuables, rarement retouchées, pour ajouter des dispositions extrêmement importantes, en Algérie, on continue à bricoler la Constitution à tout bout de champ, lui ôtant davantage sa crédibilité.

Azzeddine Bensouiah

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Bouteflika verrouille sa succession

Par philhadj Temps de lecture: 2 min
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