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Le Festival de Cannes a atteint sa vitesse de croisière. Pendant que les stands de divers pays multiplient les opérations de charme, les films continuent à défiler. Alors que l’Américain Jim Jarmusch arrose la Croisette avec de la poésie, le Britannique David Mackenzie l’invite à un voyage dans la pauvre Amérique rurale, le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun la plonge dans les tragiques années de Hissène Habré. À tout seigneur tout honneur. La vedette du jour est incontestablement Jim Jarmusch qui s’est imposé avec Paterson, en course pour la Palme d’or. Le film met en scène Paterson, chauffeur de bus et poète, qui passe son temps à versifier dans un carnet qu’il garde secret. Le premier rôle féminin est campé par l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani. L’Américain en est à sa septième sélection à Cannes où il obtient notamment en 1984 la Caméra d’Or avec son premier film Stranger than Paradise, la Palme d’Or du meilleur court-métrage en 1993, Coffee and Cigarettes 3», et le Grand Prix en 2005 pour Broken Flowers. On reste toujours en Amérique, mais c’est à travers l’œil du Britannique David Mackenzie qui rentre en compétition dans la section “Un Certain regard” avec Hell or High Water. Il plonge les festivaliers dans la pauvre Amérique rurale à travers les braquages répétés de petites banques par deux frères pour rembourser une dette familiale. Ils réussissent toujours malgré la vigilance d’un vieux Texas Ranger. Le film allie critique de l’appauvrissement des habitants de campagne par des banques voraces et divertissement. C’est un portrait de l’Amérique contemporaine avec des accents de western moderne ponctué de répliques puisées dans l’humour noire. De son côté, Mahamat-Saleh Haroun, avec Hissène Habré, présenté en Hors compétition, revisite la tragédie tchadienne entre1982 et 1988 : les huit années de régime Hissène Habré durant lesquelles plus de 40 000 personnes ont été tués sont évoquées à travers les témoignages des victimes. Il a fallu plusieurs années pour restituer cette période qui a hanté le réalisateur. Cet ancien rebelle, devenu président du Tchad, a semé la terreur pendant huit ans. En 2015, sous la pression des associations de la société civile, il est jugé au Sénégal pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture. Le verdict de cette première africaine est annoncé pour le 30 mai prochain. En attendant, ses victimes sont amplifiées à Cannes. Dans ce sens, le réalisateur a affirmé : “Je voulais qu'on entende leur voix. À Cannes, je suis heureux que cette voix-là soit entendue. Ce sont mes invisibles.” T. H.

De la poésie américaine à la tragédie africaine

Le Festival de Cannes a atteint sa vitesse de croisière. Pendant que les stands de divers pays multiplient les opérations de charme, les films continuent à défiler. Alors que l’Américain Jim Jarmusch arrose la Croisette avec de la poésie, le Britannique David Mackenzie l’invite à un voyage dans la pauvre Amérique rurale, le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun la plonge dans les tragiques années de Hissène Habré.
À tout seigneur tout honneur. La vedette du jour est incontestablement Jim Jarmusch qui s’est imposé avec Paterson, en course pour la Palme d’or. Le film met en scène Paterson, chauffeur de bus et poète, qui passe son temps à versifier dans un carnet qu’il garde secret. Le premier rôle féminin est campé par l’actrice franco-iranienne Golshifteh Farahani. L’Américain en est à sa septième sélection à Cannes où il obtient notamment en 1984 la Caméra d’Or avec son premier film Stranger than Paradise, la Palme d’Or du meilleur court-métrage en 1993, Coffee and Cigarettes 3», et le Grand Prix en 2005 pour Broken Flowers.
On reste toujours en Amérique, mais c’est à travers l’œil du Britannique David Mackenzie qui rentre en compétition dans la section “Un Certain regard” avec Hell or High Water. Il plonge les festivaliers dans la pauvre Amérique rurale à travers les braquages répétés de petites banques par deux frères pour rembourser une dette familiale. Ils réussissent toujours malgré la vigilance d’un vieux Texas Ranger. Le film allie critique de l’appauvrissement des habitants de campagne par des banques voraces et divertissement. C’est un portrait de l’Amérique contemporaine avec des accents de western moderne ponctué de répliques puisées dans l’humour noire.
De son côté, Mahamat-Saleh Haroun, avec Hissène Habré, présenté en Hors compétition, revisite la tragédie tchadienne entre1982 et 1988 : les huit années de régime Hissène Habré durant lesquelles plus de 40 000 personnes ont été tués sont évoquées à travers les témoignages des victimes. Il a fallu plusieurs années pour restituer cette période qui a hanté le réalisateur.
Cet ancien rebelle, devenu président du Tchad, a semé la terreur pendant huit ans. En 2015, sous la pression des associations de la société civile, il est jugé au Sénégal pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture. Le verdict de cette première africaine est annoncé pour le 30 mai prochain. En attendant, ses victimes sont amplifiées à Cannes. Dans ce sens, le réalisateur a affirmé : “Je voulais qu'on entende leur voix. À Cannes, je suis heureux que cette voix-là soit entendue. Ce sont mes invisibles.”

T. H.

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De la poésie américaine à la tragédie africaine

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