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Plusieurs villages des Aurès ont fêté le nouvel an amazigh en grande pompe. Il a été organisé pour cette journée plusieurs festivités alliant jeux traditionnels, musique et danse.

De nos montagnes est parvenue la voix des hommes libres

Plusieurs villages des Aurès ont fêté le nouvel an amazigh en grande pompe. Il a été organisé pour cette journée plusieurs festivités alliant jeux traditionnels, musique et danse. Il a été question aussi de la tenue de rencontres-débats et de tables-rondes pour expliquer l’esprit Yennayer aux jeunes générations.

Le nouvel an amazigh de cette année n’a jamais été aussi intensément célébré à travers les villes, les villages, douars et dechras dans les villes de l’est du pays. Dans les communes d’Imsounine (Biskra), Tifèche (Souk-Ahras), pour beaucoup d’hommes et de femmes, cette grande célébration rappelle étrangement, mais fièrement les jours qui ont précédé l’Indépendance. Ces habitants des régions chaouies ont participé à une fête haute en couleur où l’on s’invite à danser, à partager un couscous ou à prendre part à un jeu millénaire dont les règles n’étaient pas gardées dans les banques suisses, mais juste par les anciens qui, avec sagesse et beaucoup de bon sens paysan, savaient qu’inexorablement le retour de l’identité millénaire de ce pays se ferait tôt ou tard.
Les fêtes amazighes de tous genres, notamment le nouvel an Amenzou N Yennar (Nayyer ou Yennayer dans certaines régions du pays), Thifsouine, Thamghra ntmezouth, Besegrou et bien d’autres célébrations, n’avaient plus leur place dans les milieux urbains. Par contre, ces pratiques ancestrales ont trouvé refuge dans les zones rurales, à l’intérieur du pays.
À ce propos, les jeunes des différentes associations en zones rurales nous ont confié que cette situation est tout à fait normale, car c’est en zone recluse que la célébration est la plus significative. Ces jeunes, souvent des universitaires, considèrent que le partage reste le moyen le mieux approprié pour maintenir et pérenniser ces fêtes qui dépassent l’aspect festif et deviennent un vrai ciment de cohésion sociale, voire d’unité nationale. D’ailleurs, les initiateurs des fêtes à travers les Aurès sont conscients de l’importance de ce genre de rencontre.
Si, de nos jours, célébrer une fête semble être l’acte le plus normal et anodin, ce n’était pas le cas, il y a à peine une quinzaine d’années. Il faut rappeler, qu’à la fin des années 1980, le Mouvement culturel amazigh (MCA), à la tête d’un bon nombre d’associations implantées à travers les Aurès, avait joué un rôle prépondérant et d’une importance capitale, les objectifs de ce mouvement visaient à la sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel. Certains membres fondateurs de ce mouvement encore actifs dans l’orientation des jeunes nous assurent que la relève est assurée et que les jeunes sont conscients qu’ils ont un patrimoine inestimable à protéger, mais aussi à promouvoir, nous dit un ancien porte-parole et secrétaire général. Il estime que la mission du Mouvement culturel est terminée et qu’il est temps de passer le flambeau aux jeunes générations, et ce, pour œuvrer sur le terrain où nous attend un travail considérable, comme la maîtrise des langues vivantes…

Tébessa et Khenchela au rendez-vous pour Yennayer
À Kaïs, dans la wilaya de Khenchela, Ghassira au fin fond des Aurès (wilaya de Batna) ou encore Tébessa et dans plein d’autres agglomérations, le rendez-vous pour la célébration de Yennayer ne s’est pas limité seulement à l’aspect festif. Dans la majorité des localités, ont été organisées des conférences, des tablesrondes, des rencontres-débats dans le but d’expliquer aux jeunes l’esprit Yennar.
Car, il ne s’agit pas seulement d’une fête du nouvel an amazigh, mais d’un vrai levier pour connaître et se réapproprier d’autres valeurs, aussi bien celles de nos ancêtres que des valeurs humaines, nous dit le fougueux Gasmi Fouad, le coordinateur de l’événement de la rencontre de Kaïs. Et d’ajouter : “La célébration coïncide avec le projet de l’officialisation de tamazight, ce qui est une bonne chose. Il est impératif que l’officialisation soit suivie par d’autres résolutions et décisions, à l’exemple de la création d’une académie au sens scientifique du terme, c'est-à-dire que la science et la compétence priment.” Le patrimoine ne peut plus attendre une prise en charge officielle, pour cela une bibliothèque virtuelle regroupant des milliers de titres en rapport avec la culture, l’histoire et l’identité amazighe sont numérisés et mis à la disposition des internautes. Le portail “Inumiden”, le principal partenaire, connaît un engouement sans précédent puisque plus de 1,5 million de visiteurs l’ont consulté, la bataille de la blogosphère, pour connaître et se faire connaître, ne semble pas avoir de secret pour les nouveaux “Samouraï” chaoui du web.
À Ghassira (Batna), les habitants de cette petite localité n’ont jamais rompu avec Yennar ni les autres fêtes amazighes. La célébration était immense, peut-être la plus grande de toutes, selon les présents que nous avons rencontrés. Il a été organisé des jeux traditionnels, la préparation de mets et plats locaux qui ont produit des moments forts et inoubliables, nous disent quelques visiteurs qui ont fait le déplacement de Batna. La même fête s’est tenue à Tébessa, avec une visite envoûtante à Bir El-Kahina, un lieu où selon les historiens, la reine berbère avait trouvé la mort.
À Oum El-Bouaghi, en plus des expositions et concerts programmés, les animateurs de la radio locale ont organisé, hier, une émission en direct consacrée aussi bien à l’officialisation de tamazight qu’à la fête de Yennar. Cette émission a réuni de nombreux invités exerçant dans l’enseignement ou le secteur culturel. Tout au long de la diffusion, ils ont évoqué des questions liées directement à la prise en charge du legs culturel algérien. Présent lors de cette émission, Kamel Jebbar, enseignant de tamazight, n’a pas manqué d’apporter des précisions pertinentes et d’actualité, à savoir le rôle que peut jouer la famille dans cette nouvelle approche, dans le sens où nous assumons notre histoire millénaire. Une remarque qui ne cesse de revenir à chaque rencontre et pas des moindres, il s’agit de l’absence de la femme qui, dans les meilleurs des cas, est reléguée au rang de cuisinière. Or, l’histoire de la région atteste de sa présence dans les différents stades de la vie.

Rachid Hamatou

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De nos montagnes est parvenue la voix des hommes libres

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