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Non seulement il a représenté dignement les couleurs de l’Algérie au Mondial mexicain de 1986

“Défendre l’identité de notre football ne veut pas dire faire barrage au progrès”

Non seulement il a représenté dignement les couleurs de l’Algérie au Mondial mexicain de 1986, mais il a eu à travailler aux côtés de l’Allemand Peter Schnittger pendant 2 ans en supervisant les jeunes joueurs pour le compte de l’académie de la FAF en 2011 et 2012, qui devaient en principe jouer la phase finale de la CAN 2013 U19 qui s’est déroulée à Oran et qui a vu les Verts quitter le premier tour avec l’entraîneur Jean-Marc Nobilo et la dissolution de l’académie FAF. Aujourd’hui, l’ex-porteur d’eau des Verts durant les années 1980 estime que la décision de réactiver l’académie FAF est une très belle initiative prise par la FAF, qui ne lésinera pas sur les moyens pour sa réussite. Entretien.

Liberté : La FAF a décidé, lors de la réunion du bureau fédéral tenue dimanche, de relancer officiellement l’académie de la FAF avec une autre approche, en commençant par les U15 et U17. Que pensez-vous de cette décision ?
Mohamed Kaci-Saïd : J’estime que c’est une excellente décision prise par le président de la FAF, dont il faut saluer le dévouement pour le football algerien. Cette académie, dont je ne connais pas encore les contours, va offrir l’opportunité aux jeunes joueurs de se former dans les meilleures conditions. Je sais pertinemment que Raouraoua ne lésinera pas sur les moyens pour la réussite de ce projet, je pense que c’est un chemin incontournable, dans la mesure où nos clubs n’ont plus cette volonté de former les joueurs de demain, ils ont juste l’équipe seniors, le reste ils s’en foutent éperdument. Pourtant, ils ont eux aussi les moyens adéquats pour le faire, mais il ne faut rien attendre d’eux. Le fait que la FAF soit revenue à l’idée des années précédentes reste un choix judicieux.
Il faut dire aussi qu’on dispose d’une très forte fédération avec à sa tête un homme qui a fait beaucoup pour le football national, il incarne la réussite dans la très bonne gouvernance.
Vous n’avez qu’à voir comment il a transformé le centre de Sidi Moussa ; moi j’y étais lorsque j’étais jeune, c’était une forêt pleine d’arbres et des moyens rudimentaires, rien d’autre ; aujourd’hui, c’est un véritable joyau et une fierté pour notre pays.

La FAF affirme que l’équipe olympique actuelle est formée à hauteur de 60% de joueurs issus de l’ancienne académie de la FAF. Est-ce que cela a une relation directe avec la belle performance réalisée par cette équipe à la CAN U23 qui se déroule en ce moment au Sénégal ?
Effectivement, je confirme que le très bon résultat réalisé par cette équipe a une relation directe, comme vous le dites, avec la composante de l’équipe dont 60% sont issus de l’académie de la FAF. Moi-même j’en ai fait partie ici, au Centre, aux côtés de Kouici, Chaïb, Merzekane, à l’Ouest, Belloumi, Bensaoula-Guemri, à l’Est Zorgane ; on a travaillé pendant deux ans. À titre d’exemple, les joueurs Chitta et Ferhat ont été dénichés lorsqu’on était chargés de superviser les talents. On a dégagé une belle ossature de joueurs formés aux quatre coins du pays qu’on a offerts sur un plateau royal à Nobilo, qui malheureusement a cassé tout notre travail en refusant les joueurs qu’on a choisis. Il a perdu six mois à la recherche de joueurs à travers l’Algérie pour finalement quitter précipitamment la CAN U19 qu’on a organisée chez nous à Oran. S’il (Nobilo) avait travaillé avec les joueurs qu’on avait choisis, l’Algérie aurait gagné quatre ans d’avance. Cette CAN pouvait redynamiser notre football, hélas ! Gâchée par un entraîneur qui a cassé un travail de longue haleine d’une durée de deux années. Deux ans après, les joueurs qu’on a sélectionnés se sont illustrés merveilleusement au Sénégal, cela prouve qu’on a fait un très bon travail de fond. Cette EN devrait être l’antichambre de l’équipe nationale A, il ne faut pas la gâcher.

Il y aura des entraîneurs algériens qui seront à la tête des U15 et des U17 de l’académie de la FAF, le tout sera chapeauté par un technicien français. Avez-vous des appréhensions sur la nomination d’un Français ?
Il ne faut pas être machiavélique dans la vie, il faut être très rationnel dans son raisonnement, ce n’est pas parce que Nobilo a échoué qu’on doit mettre tout le monde dans le même panier. La France a dominé mondialement les catégories jeunes, elle fut rattrapée par l’Afrique, donc ils ont de très bons formateurs qui ont su mener les jeunes à plusieurs sacres mondiaux ; maintenant tout dépendra de l’envergure du technicien que la FAF compte ramener ; si c’est un éminent technicien, tant mieux pour nous, on va profiter de son savoir et de ses connaissances, sinon, le pire est à craindre. On a chez nous de très bon techniciens compétents qui ont les connaissances requises pour former les jeunes, il suffit de les mettre dans de bonnes conditions et mettre à leur disposition les moyens nécessaires ; moi je n’ai pas ce complexe de l’étranger ; on avait travaillé avec Peter Schnitger, il nous est arrivé de se chamailler avec lui sur certaines pratiques, mais au plan méthodologique et connaissances, c’est une encyclopédie de football, on a beaucoup appris à ses côtés. Je souhaite que ce technicien soit de cette trempe.

Est-ce qu’il n’y a pas un risque justement que le projet qui sera mis en application par le technicien français, soit en totale inadéquation avec les spécificités du footballeur algérien ?
Le problème de l’identité du football national se pose toujours ; chaque pays dans le monde dispose de ses propres caractéristiques et spécificités ; on ne peut jamais imposer un style de jeu aux joueurs d’un pays s’ils n’ont pas tradition d’y évoluer ; c’est aux entraîneurs étrangers de s’adapter à notre identité et à notre style ; une équipe doit impérativement avoir son identité comme ce fut le cas pour nous durant les années 1980 ; il faut se rendre à l’évidence que le football a beaucoup progressé, ce n’est plus les mêmes méthodes d’autrefois ; aujourd’hui, d’autres moyens ultramodernes entrent en considération ; la formation d’aujourd’hui est basée à 80% sur l’intelligence du joueur, les grands joueurs comme Cristiano, Messi, Zidane, Modric et autres Neymar sont les meilleurs par leur qualité intrinsèque, certes, mais aussi et surtout par leur intelligence sur le terrain, qui devient de nos jours une arme sur un terrain ; il faut donc garder l’identité Algérie tout en façonnant le joueur en lui inculquant les belles méthodes et l’intelligence sur le terrain. J’insiste beaucoup sur cet aspect très important à mes yeux, car c’est ça qui fait de nos jours la force d’un grand joueur car sans l’intelligence sur le terrain, les grands ne valent rien. Les entraîneurs, de nos jours, insistent beaucoup sur cet aspect très important.

Donc vous dites qu’il faut une conception de formation moderne tout en gardant notre spécificité, c’est ça ?
Exactement, il faut garder notre identité tout en améliorant les conditions de formation moderne. Je vais vous dire une chose, à notre époque, avant qu’on ne soit codifié sur les terrains par les techniciens qui nous ont entraînés, on s’était forgé dans la rue, on a créé notre personnalité et notre intelligence sur les terrains vagues ; le vrai apprentissage a commencé par là. Quand on est arrivé sur les terrain, on nous a par la suite codifié ; comme je l’ai toujours dit aux élèves d’une classe, “si vous ne pouvez résoudre un exercice, vous ne pouvez pas le faire sur le terrain”, je fais la liaison entre l’intelligence de l’élève dans la classe et sur le terrain, c’est vous dire combien elle est importante. Les entraîneurs des pays de l’Est nous ont inculqué la rigueur dans le travail, la condition physique, l’assimilation des choix tactiques et d’autres choses, sans jamais toucher à notre identité ; on a donc fait un mixage entre les deux, qui a fini par donner des résultats probants sur le terrain, d’où cette génération douée des années 1980. Je dirais, en conclusion, que si on arrive à avoir une formation de très haut niveau, inculquée par d’éminents entraîneurs dont les compétences sont avérées ailleurs, tout en gardant notre identité algérienne, je suis convaincu et persuadé qu’on sera à l’avenir dans le gotha mondial.

R. A.

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“Défendre l’identité de notre football ne veut pas dire faire barrage au progrès”

Par philhadj Temps de lecture: 6 min
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