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Certaines dispositions de l’avant-projet de Constitution censées introduire un changement profond tel que préconisé par le président de la République dans son discours du 15 avril 2011

Des ouvertures au conditionnel

Certaines dispositions de l’avant-projet de Constitution censées introduire un changement profond tel que préconisé par le président de la République dans son discours du 15 avril 2011, sont, telles qu’énoncées, lourdement empreintes de l’esprit réfractaire du système.

Le pouvoir algérien vient de démontrer, à la lecture des quelques dispositions nouvelles dans l’avant-projet de Constitution, du moins telles que formulées, sa frilosité, ce qui est dans sa nature même, à l’égard ou à l’idée de céder sur certaines revendications citoyennes.
À cette occasion, même en donnant l’air de répondre à des doléances politiques et populaires légitimes, il ne fait qu’entrouvrir une porte en se gardant la possibilité de la refermer.
L’exemple de l’officialisation de tamazight, sous réserve, illustre parfaitement, l’enfermement du pouvoir dans des atavismes idéologiques qui ont longtemps servi de sacrées constantes pour barrer la route à toute émancipation qui n’émanerait pas de sa volonté.
Alors que le président Bouteflika a martelé à Tizi Ouzou, lors de la campagne électorale pour la présidentielle de 1999, que tamazight ne sera jamais langue nationale — statut qu’il lui accordera, sous la pression, après les événements de 2001 — ses hommes en campagne, en 2014, en feront même une promesse électorale, qui deviendra, y compris parmi les partis de l’Alliance présidentielle, une “revendication légitime” à inscrire dans la Constitution. En fait, ce réveil surprenant des tenants des constantes nationales, prisonniers des dogmes idéologiques et systémiques, ne peut s’expliquer qu’intégré dans le contexte des mutations régionales, notamment l’ouverture démocratique en Tunisie, citée aujourd’hui comme le modèle du monde arabe, et le Maroc qui donna l’exemple sur tamazight dès 2011, en la rendant langue officielle sans la piéger dans des préalables, sorte de conditionnalités qui la maintiennent dans un statut précaire ouvert à son éventuelle remise en cause.
Par-delà le manque de volonté de donner à cette composante reconnue de l’identité nationale prétendument pouvant contrarier l’unicité qui a prévalu depuis l’Indépendance, qui a servi de socle au système, dont l’arabe consacré seule langue nationale et officielle, signe d’une appartenance à une sphère plus idéologique que culturelle et encore moins historique ou géographique, transparaît dans la formulation un certain malaise qui a donné naissance à cet article qui dénote surtout qu’il est le fruit d’un consensus minimal. D’où, bien sûr, la “précision”, constitutionnellement incorrecte, que tamazight sera officielle plus tard, qui est faite, sans doute, pour ne pas irriter les tenants des sacro-saintes constantes qui sont les principaux soutiens qui ont alimenté sa pérennité.
Mieux, au lieu d’un principe général, les rédacteurs du projet signalent, dans une formule inédite, que tamazight et l’arabe sont deux langues officielles mais de statuts différents. Une différenciation qui est symptomatique de la nature du système que la moindre mutation ou avancée est perçue comme une menace.
Alors figé dans la logique de ses propres “dogmes” reproduits selon des paradigmes qui sont loin d’être l’émanation de la société, le système continue de reproduire les mêmes réflexes en prétendant avoir changé et être sensible aux sollicitations et aspirations de la société. En fait, il ne fait, à l’occasion de cet avant-projet, que réaffirmer sa volonté de ne pas changer et de ne pouvoir s’accommoder, en raison de sa nature atavique et velléitaire, de la moindre ouverture vue comme une menace alors qu’il prétend dans son discours être disposé à se mettre en phase et en adéquation avec les mutations internes et les évolutions dans le monde. mais sa nature l’en empêche comme il vient encore une fois de le révéler.

Djilali B.

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Par philhadj Temps de lecture: 3 min
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