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Entre le sacrifice de l’Aïd et le sacrifié de la rentrée

Non seulement son prix passe de l’abordable à l’étourdissement même entre deux wilayas voisines, le mouton s’est vu aussi pousser “des cornes” en occupant une place sur la Toile. Eh oui ! Il est accessible sur le Net avec photo et pedigree. Un peu l’OuedKniss de l’ovin. Quant à son prix, il faut se doter d’un génie maquignon pour le négocier.

À huit jours de la fête de l’Aïd el-Kébir, les prix des ovins sont relativement stables dans la wilaya de Bouira, même si cette tendance pourrait évoluer dans les prochains jours. En effet, à travers les marchés aux bestiaux des communes d’Aïn Turk, Aïn Bessam et de Bechloul, les moutons sont cédés selon une fourchette comprise entre 28 000 et 45 000 DA. Des prix jugés “acceptables” par les citoyens.

À Bouira, abordable, entre 28 000 et 45 000 DA
Ainsi, du côté de la localité de Nessis, dans la commune d’Aïn Turk, à 10 kilomètres à la sortie sud-ouest de Bouira, les éleveurs tout comme les citoyens rencontrés, estiment que pour cette année, les prix sont abordables. “Un bon mouton de deux ans à 35 000 DA, je trouve cela correct”, indiquera un citoyen croisé aux abords de ce marché aux bestiaux. Cet avis est largement partagé par d’autres consommateurs. “Contrairement aux années précédentes où la bête était carrément hors de prix, cette année, les prix sont relativement abordables”, indique-t-on encore.
Du côté des éleveurs, c’est le sentiment de “frustration” qui prévaut, puisque, selon certains d’entre eux, ils travaillent “quasiment à perte”. Ils justifient leur complainte par la cherté du foin, estimé entre 700 et 900 DA la botte, ou encore, l’aliment de bétail qui coûte entre 3 500 et 4 500 DA le sac, ainsi que les difficultés que vivent les éleveurs au quotidien. “Je suis un éleveur de Bordj Okhris et je peux vous dire que j’ai toutes les peines du monde à rentrer dans mes frais, entre le foin, l’aliment et les soins vétérinaires, je ne fais quasiment pas de bénéfices”, attestera El-Hadj Aïssa.
Et d’ajouter : “Nos moutons sont élevés en plein air et nous avons rarement eu recours aux aliments de bétail pour engraisser notre cheptel, en plus, les prix pratiqués ici à Bouira devraient être plus chers de 3 000 à 7 000 DA par rapport aux autres wilayas”. Toutefois, cette argumentation passe mal auprès des citoyens, à l’image de Kamel qui enchaînera sur les propos d’El-Hadj Aïssa : “On connaît la chanson ya El-Hadj ! Plus roublards et profiteurs que les maquignons, tu meurs !”
Du côté de la commune d’Aïn Bessam, c’est le même constat qui a été établi. Ainsi, près du marché aux bestiaux situé à la sortie sud de la ville, il y avait foule. Les négociations allaient bon train et les prix oscillaient entre 25 000 DA pour un tout petit mouton (à la limite de l’agneau) et 45 000 DA pour un ovin bien en chair.
Contrairement à Alger et autres grandes villes, à Bouira, les béliers à l’allure de mastodontes n’ont franchement pas la cote. “Que vais-je faire avec un bélier ? Je vais le sacrifier et non organiser des combats avec”, dira Madjid. Cependant, pour ceux qui le désirent, les béliers sont cédés entre 48 000 et 60 000 DA. À Bechloul, les prix sont relativement plus enlevés, même si on est loin de la flambée des années précédentes. Enfin, pour contrecarrer le commerce informel de moutons, lequel pullule sur les accotements de la RN18 et de la RN5, les services de la DSA, en collaboration avec ceux de la DCP, ont mis en place 14 points de vente répartis à travers les douze daïras de la wilaya. Néanmoins, cette mesure s’avère, pour l’instant, peu efficace.

L’OuedKniss du mouton à Tizi Ouzou
Depuis quelques jours, il règne une grosse affluence dans les marchés hebdomadaires de la wilaya de Tizi Ouzou à l’approche de l’Aïd el-Kébir, synonyme du mouton. À Maâtkas, par exemple, même si les acheteurs ne se bousculent pas, les prix affichés varient entre 40 000 DA et 60 000 DA.
Pour Dda Rabah, père de famille, “l’achat de ce mouton est une tradition que nous avons toujours respectée. Pourtant, même si les prix affichent une légère baisse par rapport à l’année précédente, le prix du mouton reste toutefois élevé et risque encore d’enregistrer une sensible hausse dans les prochains jours, notamment à l’approche du jour de l’Aïd”.
À Tizi Ouzou, chef-lieu de wilaya, “chez certains revendeurs, les moutons sont cédés au poids, soit 800 DA le kilo, ce qui est tout aussi cher”, affirme un acheteur.
La grande innovation, cette année, réside dans la vente des moutons en ligne qui attire de plus en plus d’acheteurs via… le Net ! Eh oui, technologie oblige, l’achat du mouton peut se faire désormais derrière son ordinateur et… en famille ! Sur de nombreux sites, les moutons sont même proposés entre 48 000 et
60 000 DA avec livraison gratuite et à domicile. Sur l’un de ces sites, on propose même des moutons du “Bled… 100% naturel” à 37 000 DA et encore un prix négociable avec possibilité de le garder jusqu’au jour de l’Aïd !
La provenance du mouton semble encore faire la différence et le label “race d’Ouled Djellal de Djelfa”, “mouton d’élevage de Yakouren” ou encore “élevage traditionnel en plein air dans une ferme située à Azazga” semble attiser la concurrence. Cela dit, d’ici au jour de l’Aïd, ce sera encore la véritable course au mouton, et comme chaque année, les habitués des souks prévoient une hausse généralisée à un point tel que, coïncidant avec la rentrée scolaire, certaines familles pensent même “zapper” l’achat du mouton car pour les petites bourses, cela relève d’une mission impossible que de faire face à deux grosses dépenses. Et dans bien des cas, le choix est vite fait !

Otage de la spéculation à Béjaïa
À moins de huit jours de l’Aïd el-Adha, les marchés informels d’ovins pullulent dans la wilaya de Béjaïa. Outre les marchés aux bestiaux traditionnels hebdomadaires, des points de vente illégaux et anarchiques ne cessent de se multiplier au fur et à mesure que le jour du sacrifice approche. En effet, en dépit de la désignation de 67 points de vente légaux à travers les 52 communes de la wilaya, en vertu d’un arrêté du wali, des maquignons et autres revendeurs occasionnels envahissent les places publiques, notamment au niveau des quartiers populaires. C’est le cas, d’ailleurs, des cités et placettes du chef-lieu de wilaya, à l’image des quartiers d’Ihaddaden, d’Ighil Ouazzoug, des Quatre Chemins, de l’ex-zone industrielle, de Sidi Ahmed…, où des troupeaux de moutons et des bottes de foin ont pris place dans le décor quotidien. En plus du problème d’hygiène et de santé publique que pose cette situation, ces marchés informels échappent malheureusement aux services de contrôle, à savoir les bureaux d’hygiène communaux (BHC), les services de l’environnement, de la Direction de la santé et de la population (DSP) et celle du commerce (DCP), etc.
“L’intervention des contrôleurs de la Direction de la concurrence et des prix (DCP) est vivement souhaitée. Comme d’habitude, à la veille de chaque fête d’Aïd, le mouton est l’otage de la spéculation. Des revendeurs occasionnels, sans foi ni loi, imposent des prix hors de portée. Un agneau d’une vingtaine de kilogrammes se vend entre 35 000 et 40 000 DA. C’est beaucoup plus cher par rapport à l’année précédente”, nous dira un enseignant, père de famille, rencontré au marché d’Ihaddaden. Pour sa part, Mohand-Arezki, un sexagénaire à la retraite, affirme avoir décidé de ne pas sacrifier le mouton de l’Aïd cette année, en raison de la cherté de la vie. “C’est la première fois de ma vie que je décide de ne pas faire le sacrifice de l’Aïd el-Adha, car je suis vraiment dans l’incapacité de faire face à toutes les dépenses de l’heure. Outre les frais de l’Aïd, j’ai beaucoup de charges locatives, sans oublier les dépenses inhérentes à la rentrée scolaire qui est à nos portes”, s’est-il désolé, avant d’ajouter que “d’ailleurs, je connais bon nombre de familles aux revenus modestes comme moi, qui se contentent d’acheter quelques kilos de viande et d’abats chez le boucher pour célébrer cette fête religieuse”.
Par ailleurs, selon le Dr Aït Yahia Fatima, inspectrice vétérinaire à la Direction des services agricoles (DSA) de la wilaya de Béjaïa, pas moins de 57 vétérinaires, dont 35 exerçant au niveau des APC et 22 à la DSA, sont appelés à sillonner tous les points de vente existant à travers la wilaya sous forme de brigades mobiles, afin de contrôler l’état de santé du cheptel. “Nos brigades vétérinaires sont déjà sur le terrain pour inspecter les 67 points de vente fixés par un arrêté du wali, dont quatre sites sont réservés aux éleveurs et maquignons venant d’autres wilayas. Au chef-lieu de wilaya, nous avons sept brigades mobiles qui sont à pied d’œuvre”, nous expliquera notre interlocutrice. Outre ce dispositif de contrôle, la DSA a également pris d’autres mesures préventives afin de permettre aux citoyens de la région de passer la fête de l’Aïd dans la joie et la sérénité. À ce titre, Mme Aït Yahia indiquera qu’une cellule d’écoute et de suivi, composée de deux médecins vétérinaires, sera opérationnelle le jour de l’Aïd, en sus des 49 lieux de permanence et 9 abattoirs qui seront de service aux quatre coins de la wilaya. Enfin, la première responsable de l’inspection vétérinaire fera savoir qu’une journée d’information sur les dangers du kyste hydatique a été organisée, à la maison de la culture Taos-Amrouche, à l’initiative de la DSA et en collaboration avec les directions de la santé et de l’environnement.

Par :
Ramdane B.
K. Tighilt.
Kamal Ouhnia

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Entre le sacrifice de l’Aïd et le sacrifié de la rentrée

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