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Rien que durant la période allant de janvier à fin septembre dernier, les sentinelles de l’Est ont intercepté des centaines de convois de marchandises sur des pistes impraticables(...)

Frontière Est : sur les traces des convois de la contrebande

Rien que durant la période allant de janvier à fin septembre dernier, les sentinelles de l’Est ont intercepté des centaines de convois de marchandises sur des pistes impraticables et les monts de Tébessa qui surplombent les sentiers battus de Beja et Tabarka.

Tébessa, 19 octobre 2015. Synonyme de grandes saignées de carburant, de produits alimentaires subventionnés par l’État algérien à coups de milliards de dollars, de dizaines de milliers de têtes de cheptels et de marchandises prisées en Tunisie et en Libye, Tébessa n’a pas changé de visage. L’historique en témoigne.
La quiétude qui se lit sur les visages est trompeuse. Éphémère. Sur les routes qui mènent vers les sentiers battus de la contrebande, jeunes et moins jeunes guettent les immatriculations des voitures “étrangères” qui… dérangent. Tébessa, une niche reconnue pour ses scandales à répétition, ses transbordements de biens vers les pays voisins et ses “imports”, ô combien coûteux, pour l’économie et la santé publique, n’a pas fait sa mue aux tracés frontaliers. Encore moins sur ses périphéries où les Guenatrias (terme consacré pour désigner les trafiquants de carburant) font la queue dans les stations-service pour faire le plein. Le choix de cette région frontalière par le patron de la Gendarmerie nationale, le général-major Menad Nouba, n’est pas fortuit. Son déplacement à Tébessa se veut une riposte aux menaces grandissantes. Dès notre arrivée aux nouveaux postes avancés qu’il a inaugurés, Menad Nouba constate l’ampleur des transactions illicites et le négoce qui se fait au grand dam de l’économie nationale. Les dégâts sont déjà là et s’ajoutent aux menaces des cellules terroristes qui activent de l’autre côté de Djebel Chaâmbi, en Tunisie. Oum-Ali, une localité enclavée de Tébessa, surplombe une petite bourgade d’un gouvernorat tunisien et qui porte le même nom. Infestée par les terroristes autour desquels les GGF algériens ont resserré l’étau, Oum-Ali (la tunisienne) a succombé au chaos survenu au lendemain de la chute de Ben Ali en 2011. On est loin des Jasmins dans ces terres livrées aux groupes terroristes. L’exposé des unités au patron de la GN laissera stupéfait. Rien que durant la période allant de janvier à fin septembre dernier, les sentinelles de l’Est ont intercepté des centaines de convois de marchandises sur des pistes impraticables et les monts de Tébessa qui surplombent les sentiers battus de Beja et Tabarka.
Les chiffres font froid dans le dos. Les gardes-frontières ont saisi près de 21 000 tonnes de produits alimentaires (sucre, huiles, riz, semoule, etc.), avec une hausse de 22%, 469 267 litres de carburant, soit une hausse de 12%, 49 685 têtes de cheptels, soit une hausse de 400%, 113 986 paquets de cigarettes, 17 500 articles vestimentaires et 178 voitures et camions. “On a établi un constat cinglant : les recettes de la contrebande contribuent sensiblement au financement du terrorisme”, révèlera le général Djamel Abdeslam Zeghida, le directeur de la sécurité publique.

Des milliers d’hommes pour renforcer les postes avancés
Toute une économie à la fois informelle, à caractère délictuel et criminel. Au poste avancé de Boughafer, où Menad Nouba a également inauguré de nouvelles infrastructures, “les GGF ont été exhortés à exécuter plus de missions de défense, de police des frontières et de lutte contre la contrebande et l’immigration clandestine”.
En amont, le patron de la GN a annoncé “le recrutement de milliers d’hommes au centre d’instruction de Tébessa”. C’est dire que l’État algérien a décidé de renforcer la sécurité aux frontières. D’autant que le Constantinois est doté de moyens héliportés de type Auguste pour surveiller, de jour comme de nuit, la bande frontalière. Au plan opérationnel, le succès est perceptible. Mais les populations limitrophes aux frontières et qui se ressourcent de l’informel pose une équation difficile à résoudre. Un véritable casse-tête chinois. Dans ces petites bourgades où règne une totale anarchie doublée de la passion du gain facile dans le sillage de pans entiers, les jeunes livrés à leur sort sont tentés d’épouser l’activité de la contrebande et d’intégrer les réseaux criminels. À Tébessa, les nouvelles recrues sont légion. Les passeurs d’immigrés clandestins et les convoyeurs de marchandises diversifient les subterfuges pour contourner les postes avancés des GGF.
Sauf que leurs tentations sont souvent suivies d’échecs cuisants. Sur notre chemin vers les postes avancés, les contrebandiers, en embuscade, attendent la tombée de la nuit pour acheminer leurs marchandises à partir de leurs bicoques, de maisons abandonnées et de “garages sauvages” érigés sur des terrains inaccessibles.
À Tébessa, n’est pas contrebandier qui veut ! La “smala” algéro-tunisienne est bien implantée des deux côtés des frontières. Menad Nouba, qui connaît mieux que quiconque le sujet, décline une feuille de route rigoureuse. La réplique est déjà fin prête, si bien peaufinée pour contrecarrer ces contrebandiers. À El-Aouinet, où il a mis en service un poste frontalier phare, le patron de la GN a affirmé sa détermination “à mettre hors d’état de nuire ces filières tant néfastes que nuisibles pour la sécurité nationale”. Là aussi, n’est pas GGF qui veut ! Les conditions de travail sont tellement pénibles qu’il faut du temps pour s’adapter aux méandres des interminables embuscades pour lutter contre le crime organisé qui gangrène le pays. Sur les lieux, les GGF, du moins gradé au plus gradé, sont les seigneurs de la “première ceinture sécuritaire nationale”. Face aux multiples drames, les GGF tombent sur des individus dépourvus de papiers ou encore pourvus de faux documents de peur d’être interpellés ou refoulés à leur pays d’origine. Le drame humain est monnaie courante et les candidats à l’immigration irrégulière utilisent justement ces routes terrestres pour atteindre les destinations qu’ils désirent en Afrique du Nord et en Europe. Tébessa, relais du désespoir à ciel ouvert et plaque tournante de tous genres de trafics, ne désarme pas.

F. B.

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Par philhadj Temps de lecture: 4 min
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