Accueil / Une / J’ai vu la lune carrée – Allah Akbar au pluriel (2e partie)
… Mon grand-père s’est plié à la magie de sa montre. L’œil sur les trois aiguilles pivotant, ainsi ses prières sont ajustées aux mouvements de cet appareil qui fait tic-tac. Mais par un jour, la maudite montre est tombée en panne. Elle a trahi la ponctualité ! Mais Bilal le muezzin du village a continué ses appels à la prière !! Lui, Bilal, ne tombera jamais en panne, tout simplement parce que notre Bilal ne fait tic-tac ! J’ai un oncle qui travaille, comme beaucoup d’autres hommes du village, loin du pays, dans une usine, dans une ville froide, sur l’autre rive de la mer. De ma vie, je n’ai jamais vu une mer !! Cet oncle que j’aime beaucoup, que je préfère à mes cinq autres oncles, rentre chez lui une seule fois par an. Son absence dure onze mois lunaires, du deuxième jour de l’Aïd Es-saghir jusqu’à la nuit du doute qui précède le premier jour du mois de Ramadan suivant. Cet oncle, de toute sa vie, n’a vécu parmi les siens, dans sa famille que les mois du carême, n’a connu des jours du village que les jours du jeûne. Cette-fois-ci mon oncle est rentré avec dans ses bagages une radio transistor !! Une radio qui fonctionne avec une pile plate sur laquelle est imprimée l’image d’un lion avec une grande gueule ouverte, rugissant, en colère !! Ce soir-là, pour la première fois, les membres de la grande famille réunis autour de la radio transistor, nous avons écouté l’appel à la prière du F’tour parvenant des ondes de la chaine nationale ! Une voix inconnue vient de remplacer celle du Bilal le muezzin du village ! Je me suis senti triste. Abattu ! Perturbé ! Je me suis mis à table avec un pincement au cœur ! Ce jour-là la h’rira n’avait pas le goût de la h’rira, celle que nous dégustions quotidiennement après l’appel de “Allah Akbar” sur la voix de Bilal le magnifique! À l’heure du S’hour, en l’absence du la radio transistor, je guettais la voix de Bilal, et je jouais avec mon corps! Cette radio transistor a perturbé mon rapport spirituel à la voix de Bilal. Au bout du troisième jour, la pile est morte, la radio éteinte ! Quelques minutes avant le coucher du soleil, comme à l’accoutumée, adossé au mur j’attendais la voix mielleuse de Bilal. Aucun autre “Allah Akbar” ne remplaça “Allah Akbar” de Bilal ! Quelques années après, l’électricité est arrivée au village. Le bonheur ! Ma mère était contente. Avec la venue de l’électricité, mon frère aîné n’a pas tardé à nous surprendre en rentrant avec une télévision sur l’épaule ! Cette machine avec un écran noir et blanc, dans une fête cérémoniale, a été placée sur une maida à trois pieds. Elle aussi a commencé à appeler à la prière cinq fois par jour. Une autre tristesse ! Mais à l’heure de l’aube, quand tout le monde dort, la voix de Bilal le Muezzin arrive jusqu’à mon oreiller. Extase ! Et réveille en moi quelque chose de charnel, de confus, de spirituel! J’adore Allah dans “Allah Akbar” de Bilal ! Par ce temps vertigineux qui court, le téléphone portable est arrivé : “el hadra batel” ou presque !!! Les gens ont remplacé les sonneries téléphoniques ordinaires par des téléchargements d’appels à la prière. Ainsi, on entend des appels d’ “Allah Akbar” à tout coup de téléphone, à toute heure et dans tous les lieux, des toilettes jusqu’à la réunion du gouvernement ! Avec ces téléphones qui sonnent en appels continus à la prière, avec ces paraboles installées en toute laideur, aux balcons ou sur les terrasses, captant des centaines de chaînes de télévision maghrébines et orientales, et vu le décalage horaire d’un pays à l’autre, n’arrêtent pas d’appeler à la prière dans différents accents… mais pour moi, comme à chaque aube, même si je suis très loin du village du Muezzin Bilal, sa voix m’habite toujours continuant à réveiller en moi l’enfance, le spirituel, le charnel et les gens du village. A. Z. [email protected]

J’ai vu la lune carrée – Allah Akbar au pluriel (2e partie)

… Mon grand-père s’est plié à la magie de sa montre. L’œil sur les trois aiguilles pivotant, ainsi ses prières sont ajustées aux mouvements de cet appareil qui fait tic-tac. Mais par un jour, la maudite montre est tombée en panne. Elle a trahi la ponctualité ! Mais Bilal le muezzin du village a continué ses appels à la prière !! Lui, Bilal, ne tombera jamais en panne, tout simplement parce que notre Bilal ne fait tic-tac !
J’ai un oncle qui travaille, comme beaucoup d’autres hommes du village, loin du pays, dans une usine, dans une ville froide, sur l’autre rive de la mer. De ma vie, je n’ai jamais vu une mer !! Cet oncle que j’aime beaucoup, que je préfère à mes cinq autres oncles, rentre chez lui une seule fois par an. Son absence dure onze mois lunaires, du deuxième jour de l’Aïd Es-saghir jusqu’à la nuit du doute qui précède le premier jour du mois de Ramadan suivant. Cet oncle, de toute sa vie, n’a vécu parmi les siens, dans sa famille que les mois du carême, n’a connu des jours du village que les jours du jeûne. Cette-fois-ci mon oncle est rentré avec dans ses bagages une radio transistor !! Une radio qui fonctionne avec une pile plate sur laquelle est imprimée l’image d’un lion avec une grande gueule ouverte, rugissant, en colère !!
Ce soir-là, pour la première fois, les membres de la grande famille réunis autour de la radio transistor, nous avons écouté l’appel à la prière du F’tour parvenant des ondes de la chaine nationale ! Une voix inconnue vient de remplacer celle du Bilal le muezzin du village ! Je me suis senti triste. Abattu ! Perturbé ! Je me suis mis à table avec un pincement au cœur ! Ce jour-là la h’rira n’avait pas le goût de la h’rira, celle que nous dégustions quotidiennement après l’appel de “Allah Akbar” sur la voix de Bilal le magnifique!
À l’heure du S’hour, en l’absence du la radio transistor, je guettais la voix de Bilal, et je jouais avec mon corps!
Cette radio transistor a perturbé mon rapport spirituel à la voix de Bilal. Au bout du troisième jour, la pile est morte, la radio éteinte ! Quelques minutes avant le coucher du soleil, comme à l’accoutumée, adossé au mur j’attendais la voix mielleuse de Bilal. Aucun autre “Allah Akbar” ne remplaça “Allah Akbar” de Bilal !
Quelques années après, l’électricité est arrivée au village. Le bonheur ! Ma mère était contente. Avec la venue de l’électricité, mon frère aîné n’a pas tardé à nous surprendre en rentrant avec une télévision sur l’épaule ! Cette machine avec un écran noir et blanc, dans une fête cérémoniale, a été placée sur une maida à trois pieds. Elle aussi a commencé à appeler à la prière cinq fois par jour. Une autre tristesse !
Mais à l’heure de l’aube, quand tout le monde dort, la voix de Bilal le Muezzin arrive jusqu’à mon oreiller. Extase ! Et réveille en moi quelque chose de charnel, de confus, de spirituel! J’adore Allah dans “Allah Akbar” de Bilal !
Par ce temps vertigineux qui court, le téléphone portable est arrivé : “el hadra batel” ou presque !!! Les gens ont remplacé les sonneries téléphoniques ordinaires par des téléchargements d’appels à la prière. Ainsi, on entend des appels d’ “Allah Akbar” à tout coup de téléphone, à toute heure et dans tous les lieux, des toilettes jusqu’à la réunion du gouvernement !
Avec ces téléphones qui sonnent en appels continus à la prière, avec ces paraboles installées en toute laideur, aux balcons ou sur les terrasses, captant des centaines de chaînes de télévision maghrébines et orientales, et vu le décalage horaire d’un pays à l’autre, n’arrêtent pas d’appeler à la prière dans différents accents… mais pour moi, comme à chaque aube, même si je suis très loin du village du Muezzin Bilal, sa voix m’habite toujours continuant à réveiller en moi l’enfance, le spirituel, le charnel et les gens du village.

A. Z.
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J’ai vu la lune carrée – Allah Akbar au pluriel (2e partie)

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