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Le régime s’est retrouvé pris au piège de sa politique de dénigrement, de marginalisation, d’isolement de tous ceux qui s’opposent au bradage de la souveraineté populaire.

La mort d’Aït Ahmed met à nu l’isolement du pouvoir

Le régime s’est retrouvé pris au piège de sa politique de dénigrement, de marginalisation, d’isolement de tous ceux qui s’opposent au bradage de la souveraineté populaire.

Un parcours historique et militant hors du commun dans sa besace, Hocine Aït Ahmed, l’autre père de la Révolution algérienne, a choisi pour dernière demeure son village natal haut perché sur ces terres généreuses de Kabylie, refusant les funérailles officielles et le prestigieux cimetière d’El-Alia. Tout un symbole, diront certains. Ultime acte politique, répliqueront ceux qui connaissent mieux les positions du fondateur du premier parti d’opposition, lui qui n’avait pas hésité à dénoncer publiquement les dérives de ses compagnons d’armes, juste après la proclamation de l’Indépendance, à l’été 1962. Comment pouvait-il en être autrement pour un homme dont le parcours se conjugue à tous les combats qui ont forgé sa dimension d’homme de dialogue, mais intransigeant sur les principes ? Cet homme, à la fois si simple et si emblématique, qui a su, contrairement à beaucoup de ses contemporains, allier morale et politique, ne voulait pas de funérailles officielles et pompeuses et avait insisté dans ses dernières recommandations, pour retourner parmi le peuple qui sait reconnaître les siens. La preuve. Les Algériens, de toutes les contrées du pays, ont été unanimes à saluer la mémoire de celui que l’on appelle affectueusement Dda L’Hocine, en reconnaissance à son parcours exceptionnel de combattant pour la libération, puis, après l’Indépendance, en faveur des causes justes, de la démocratie et des libertés.
Et si les autorités ont, après l’annonce de sa mort, pris un certain nombre de mesures tendant à “réhabiliter” l’homme qui avait été forcé à l’exil, c’était compter sur une méconnaissance totale des idéaux et principes pour lesquels il n’avait cessé, sa vie durant, de lutter. Le pouvoir en place s’est retrouvé pris au piège de sa politique de dénigrement, de marginalisation, d’isolement de tous ceux qui s’opposent au bradage de la souveraineté populaire. Le leader du Front des forces socialistes était évidemment à l’avant-garde de ce combat. C’est pour cela que la mort de cette figure de proue de l’opposition a contribué à creuser encore plus le fossé qui sépare les gouvernants des gouvernés. Pis, elle a ravivé toutes les rancœurs cumulées depuis des années contre un régime à bout de souffle, mais qui refuse de se réformer, quitte à risquer de mener l’Algérie vers le chaos. Ce rejet s’est d’abord manifesté à Lausanne, en Suisse, où la famille et les amis du moudjahid ont opté pour une cérémonie d’hommage dans l’intimité, en tenant à l’écart la représentation diplomatique algérienne dans ce pays. À l’arrivée de la dépouille à Alger, à bord d’un avion de ligne d’Air Algérie au lieu de l’appareil présidentiel proposé par les autorités, le pouvoir en place a eu à vérifier de lui-même que ses représentants n’étaient pas les bienvenus, quand bien même Hocine Aït Ahmed resterait un personnage aux dimensions nationales, voire internationales.
La froideur qui a marqué la cérémonie d’accueil de la dépouille à l’aéroport d’Alger, avec, notamment l’absence de contact direct entre les membres de la famille du révolutionnaire et les officiels, et le refus poli exprimé par la femme de Dda L’Hocine d’embarquer dans une voiture de la présidence de la République n’ont fait qu’amplifier cette atmosphère pesante. Les membres du gouvernement qui s’étaient déplacés sur les lieux à la demande express du président Bouteflika ont dû patienter dans l’embarras le plus total jusqu’à la fin de la cérémonie expédiée en deux temps trois mouvements.
Le cortège s’est d’ailleurs rapidement ébranlé pour prendre la direction du siège du FFS. Puis, le lendemain, cap sur Tizi Ouzou, en passant par le boulevard Mohamed-Belouizdad, un clin d’œil au premier président de l’Organisation spéciale qui, malade, demanda qu’Aït Ahmed lui succédât. Sur le chemin, notamment à Belouizdad, aux Issers et à Tizi Ouzou ville, la population, reconnaissante pour tout ce que le moudjahid a donné à l’Algérie, s’est massée en grand nombre pour saluer le cortège funèbre. Aït Ahmed a réussi ce que personne parmi les gouvernants n’aurait pu accomplir : aller parmi le peuple pour une étreinte pour l’éternité. En voulant se rendre à Aït Yahia pour l’enterrement, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a d’ailleurs pu vérifier à ses dépens toute l’étendue du fossé qui a continué à se creuser entre le régime en place et la population. Certes, l’accueil peu amène auquel son cortège a eu droit à l’entrée du village de la part de certains jeunes ne sied pas à de telles circonstances, mais il est, dans le même temps, révélateur d’un divorce sur le point d’être consommé entre le peuple et les gouvernants, si ce n’est déjà fait. Le pouvoir aura, en tout cas, tenté de montrer patte blanche, en exprimant la volonté de rendre au moudjahid l’hommage officiel qu’il aurait mérité, mais sa tentative s’est heurtée aux dernières recommandations du défunt et à la position de la population. La mort de cet homme aura visiblement contribué à catalyser un peu plus le rejet du pouvoir et de tout ce qu’il représente.

H. S.

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Par philhadj Temps de lecture: 4 min
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