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La responsabilité de la Perfide Albion(*1) dans le bouleversement géopolitique que connaît le Moyen-Orient depuis le début du siècle dernier est historiquement établie. Sans aller jusqu’aux accords Sykes-Picot

La stratégie US du “chaos constructif” en Syrie et le retour de la Russie sur la scène internationale

La responsabilité de la Perfide Albion(*1) dans le bouleversement géopolitique que connaît le Moyen-Orient depuis le début du siècle dernier est historiquement établie. Sans aller jusqu’aux accords Sykes-Picot, il suffit de rappeler la répression féroce menée par les Anglais lors des grandes révoltes palestiniennes de 1920 et celles de 1936 à 1939. Tout ce qui pouvait concourir à l’émergence d’une société nationale palestinienne, que ce soit sur les plans politique, économique ou culturel, fut brisé par une répression des plus féroces. Cela se traduisit par des massacres de villageois sans distinction de sexe et par l’exécution de dirigeants palestiniens menés par le Spécial Night Squad(*2) dirigé par l’officier de l’Intelligence Service, Orde Charles Wingate(*3). À l’inverse, la “révolte” juive de 1946, provoquée à l’instigation des Services britanniques, vit l’arrestation de quelques dirigeants sionistes de 2e rang pour être relâchés quelques semaines plus tard sans jugement. Il est d’ailleurs révélateur de noter que les élites des futurs groupes terroristes du Palmah, de l’Irgoun et de la Haganah furent formées par ce même officier anglais. En reconnaissance de ces services, plusieurs rues et institutions de l’État d’Israël portent le nom de ce tortionnaire. Le relais de cette politique anti-arabe fut transmis aux USA, fille illégitime de l’Empire britannique, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ce nouvel empire a organisé et semé, sous la fausse bannière de la “démocratie”, le chaos dans certains pays, au moyen de “révolutions” manipulées, pour faire marcher son industrie et imposer sa domination présente et future. Après avoir cassé l’État afghan, semé le désordre en Algérie(*4), déstabilisé le Pakistan et l’Égypte, démoli l’Irak et mis à terre l’État libyen, il s’attelle à instaurer le chaos en Syrie par Daesh et El-Qaïda interposés, qu’il arme et finance avec la complicité active d’États larbins : l’Arabie, le Qatar et la Turquie avec l’appui actif du Bloc Américano Occidental (BAO).

La mise en place des outils de déstabilisation
La création en 1996, sous l’égide de la CIA, de la chaîne propagandiste qatarie Al Jazeera a constitué le premier jalon de la mise en place du plan visant à déstabiliser le monde arabe et musulman avec la complicité active de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Le Complexe militaro-industriel ne reculant devant rien pour assouvir sa volonté de domination du monde, passa à la deuxième étape de son plan : les attentats du 11/9/2001. Ces attentats, dignes des plus audacieux scénarios cinématographiques, ont constitué un tournant décisif dans cette nouvelle guerre, initiée par l’Empire, pour substituer l’ennemi islamiste à l’ennemi communiste. Cette guerre asymétrique, menée dans un premier temps sous la fausse bannière d’Al-Qaïda, a engendré des profits colossaux dans la vente d’équipements de sécurité et d’armes à travers la planète. Elle a également servi de prétexte pour briser l’État Irakien et faire de son armée le socle de la future armée de l’État Islamique dont le commandement fut confié à l’ex-numéro 2 du régime irakien, le général renégat Ezaat Ibrahim Al Douri(* 5). La 3e étape de ce plan fut l’assassinat du Premier ministre libanais Rafik Hariri le 14 février 2005. L’insistance avec laquelle la chaîne Al-Jazeera et les relais médiatiques du BAO s’empressèrent d’accuser le Hezbollah puis le régime syrien ne laisse aucun doute sur les commanditaires de ce plan machiavélique pour déstabiliser le Liban et la Syrie. Cette machination a eu pour résultat de mettre en opposition les communautés sunnites et chiites de ces deux pays et de provoquer une guerre civile. En fait, certains éléments de l’enquête ont permis de déterminer que cet attentat n’était pas dû à l’explosion d’un véhicule piégé, mais bien à un tir de missile à l’uranium appauvri tiré à partir d’un drone (*6). La conséquence directe de cet assassinat fut le départ des troupes syriennes du Liban.
Ce départ fut le signal donné pour la préparation de la liquidation du Hezbollah par Israël qui pensait ne faire qu’une bouchée de cette milice armée. L’échec avéré de cette partie du plan en 2006 obligea l’Empire à changer son fusil d’épaule non sans avoir, auparavant, fait un bras d’honneur aux populations arabes en désignant, en 2007, Tony Blair, surnommé chez lui “B(liar)” (menteur), en qualité de médiateur pour la Palestine.

L’organisation des “printemps arabe”
La Middle East Briefing (MEB), se basant sur un rapport officiel du Département d’État, a confirmé l’implication de la CIA dans les “révolutions” ayant secoué certains pays du Moyen-Orient et du Maghreb. Ce rapport révèle que le “printemps arabe” est loin d’être un mouvement spontané de populations avides de changements politiques, mais bel et bien une déstabilisation orchestrée par l’administration américaine. Ce document, qui date du 22 octobre 2010, intitulé Middle East Partnership Initiative(*7), bien que confidentiel, put être consulté par le MEB grâce à la loi Freedom of information Act(*8). Cette stratégie s’appuie sur la “société civile” des États visés qu’il manipule pour s’inscrire en droite ligne des objectifs de la politique US.
C’est dans ce cadre qu’a été organisée au Caire, le 4 février 2011, la réunion pour poursuivre l’opération “printemps arabe” en Lybie et en Syrie, présidée par le sénateur US John Mc Cain et à laquelle étaient présents le sioniste BH Lévy et une forte délégation de Syriens vivant à l’étranger. Dès après cette réunion, le compte Facebook “Syrian Révolution” lança un appel à manifester devant le Conseil du Peuple à Damas le 11/02/11.
Devant l’échec de cette manœuvre, c’est à Deraa (Syrie) que fut manipulée une manifestation en faveur de réformes démocratiques en mars 2011. Des snipers embusqués tirèrent sur la foule, faisant quelques morts parmi les manifestants. Cette information fut aussitôt relayée par Al-Jazeera qui exagéra le nombre de morts en les imputant au régime syrien. Alors que des massacres venaient d’être commis contre les populations civiles du Liban et de Gaza par Israël, dans l’indifférence des médias du BAO, les évènements de Deraa furent montés en épingle pour dénoncer la “barbarie” du régime syrien.
Le départ du président syrien fut exigé par le BAO, relayé par la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar pour isoler la Syrie sur le plan politique et affaiblir ainsi ses alliés du Hezbollah, l’Iran et la Russie.
Le chaos en Syrie sous la bannière de Daesh et d’Al Qaïda
Dès 2012, des actions secrètes menées, par la CIA, le MI6 anglais et la DGSE, à l’intérieur du territoire syrien aidèrent à former les armées du Daesh et d’Al Qaïda. Le Washington Post du 12/6/2015 a révélé que les groupes du Daesh, de l’Armée Syrienne Libre (ASL), du Front Al Nosra et Al Qaïda, ont été armées par les USA la Grande-Bretagne et la France et financées, à coups de milliards de dollars, par l’Arabie, le Qatar et la Turquie(*9). C’est après que Barak Obama ait décrété “la ligne rouge” à ne pas franchir, que la Ghouta de Damas fut frappée le 21/08/13, par une attaque chimique faisant des centaines de morts. Une étude du Massachusetts Institute of Technology (MIT) démontra que les tirs de roquettes chimiques provenaient d’une zone contrôlée par les rebelles(*10). Cette même année, le reporter Seymour Hersh releva les déclarations d’un haut responsable de la CIA, qui affirma, sous couvert de l’anonymat, que les services spéciaux turcs avaient perpétré, via le Front al-Nosra, cette attaque chimique pour susciter une indignation internationale et favoriser une intervention militaire directe des États-Unis et de leurs alliés contre le régime Al-Assad.(*11). Un article paru dans le Washington Post du 18/08/2014(*12) fait état que de nombreux combattants “modérés” affiliés à l’ASL ont rejoint les rangs du Front al-Nosra ou de Daech après avoir été armés et entraînés par des forces spéciales et des services secrets occidentaux (DGSE comprise), initialement en Libye. La rencontre en mai 2013, entre John Mc Cain, chef d’orchestre du Printemps arabe, avec les principaux chefs du Daesh, l’ALS, Al Nosra et autres, en territoire syrien, est la meilleure preuve de l’implication US dans les actions subversives menées dans la région depuis des années. L’objectif des USA et de leurs alliés n’est donc pas d’éradiquer les groupes Daesh et Cie mais de maintenir en Syrie et en Irak un état de chaos permanent afin de neutraliser les alliés de la Syrie et reconfigurer la géographie de la région à leur profit. Les analystes de cette stratégie du chaos constructif ont déjà mis en garde les décideurs du Complexe militaro-industriel : “Si nous ne prenons pas nos responsabilités, nous susciterons des défis envers nos intérêts fondamentaux. L’histoire du XXe siècle doit nous enseigner qu’il est important d’organiser les situations avant que les crises ne surviennent et de faire face aux menaces avant qu’elles ne deviennent extrêmes. L’histoire du XXe siècle doit nous inciter à prendre fait et cause pour la domination américaine”(* 13).

Le retour de la Russie sur la scène internationale
L’intervention russe dans l’arène syrienne a complètement chamboulé le plan mis en place par les stratèges du Complexe militaro-industriel. La Russie ne pouvait se permettre de laisser l’Empire le provoquer avec autant d’arrogance jusque dans sa sphère d’influence naturelle sans réagir. L’expérience de la Géorgie et de l’Ukraine lui ont fait comprendre qu’elle se devait de réagir efficacement face à cet encerclement programmé, dans le but de l’affaiblir. Les actions menées par l’aviation russe contre les différents groupes armés, les ont complètement déstructurés et affaiblis. La désintégration de l’avion de ligne russe au dessus du Sinaï n’a pas bouleversé les consciences occidentales. Les médias du BAO se sont juste retenus d’applaudir à cet attentat exécuté sur ordre, par les groupes affiliés à Daesh et Cie. La destruction d’un SU-24 par la Turquie a été une erreur stratégique car non seulement elle a soudé le peuple russe derrière son président, mais aussi et surtout, a permis l’augmentation des missions aériennes au plus près de la frontière turque. De même qu’elle a eu pour conséquence immédiate le déploiement au large de Lattaquié du croiseur anti-aérien Moskva et pour les jours à venir de batteries de missiles S-400 qui couvrent largement toutes la région sur près de 300 km (la frontière turque étant à 80 km de Lattaquié). Les USA ont bien perçu le message, adressés par la Russie le 07/10/15, après les tirs sur la Syrie de 26 missiles de croisière “Kaibr” à partir de navires de la flotte en mer Noire c'est-à-dire à 2500 km de leurs cibles. Le chiffre 26 n’est pas du au hasard. Il s’agit d’une annonce du réveil de l’ours russe pour affirmer son retour et surtout sa puissance sur la scène internationale. Le message s’adressait au porte-avions US Théodore Roosevelt (du nom du 26e président des États-Unis) qui mouille dans la zone de conflit. C’est également une manière de dire au BAO que les installations anti-missiles déployés en Europe de l’Est sont à portée de tir de ces mêmes missiles dont la précision n’a pas manqué d’être relevée par les USA.

Quel avenir ?
La subtilité de la stratégie américaine a ainsi consisté à déstabiliser la région par la création des conditions politiques et sécuritaires de nature à exacerber les tensions ethniques et confessionnelles. Cette stratégie du “chaos constructif” chère aux néo conservateurs lui permet d’assurer, non seulement une hégémonie sans partage sur la sécurité de ses approvisionnements énergétiques, mais aussi de faire tourner sans discontinuer la machine de l’industrie de guerre au détriment des peuples visés. Il est donc clair que la mission civilisatrice d'une Amérique se chargeant d'apporter “la démocratie et la liberté” aux populations du “Grand Moyen-Orient” par l'éradication du “terrorisme islamiste” n’est qu’un leurre et un discours de circonstance destiné à justifier ses ambitions de domination démesurées.(*13)

K.F
Avocat

*1 Perfide Albion : expression péjorative française pour désigner l’Angleterre.
*2 Spécial Night Squad : escadrons spéciaux nocturnes.
*3 Orde Charles Wingate promu major général de l’armée britannique.
*4Journal Liberté du 07/7/15 “Entre l’Amérique et la France une guerre à mort…”
*5 Prétendument “mis à prix” comme Roi de Trèfle pour 10 millions USD.
*6http://www.voltairenet.org/article167550.html.
* 7 “Initiative d’un partenariat au Moyen-Orient”.
* 8 Loi sur la liberté d’information.
*9 Article de Greg Miller et Karen De Young(Washington Post).
*10 Armin Arefi “Le rapport qui dérange”, le Point .fr, 19/02/2014.
*11 F.o.Gisbert, le Point.fr, 26 Juin 2014
*12 S. Mekhennet, “The terrorists fighting us now? We just finished training them”.
*13 “Reconstruire les défenses de l’Amérique. Stratégie pour un nouveau siècle”.

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