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L’héroïne du dernier roman de Kaouther Adimi Des pierres dans ma poche (éditions Barzakh), est anonyme, le lecteur sait seulement qu'elle est une jeune femme d'une trentaine d'années, d’origines algériennes et résidantes à Paris, où elle tient un poste important dans un magazine pour enfants. Le calme apparent dans lequel vit la narratrice va bientôt être bouleversé par un appel de sa mère, depuis l'Algérie, annonçant les fiançailles, dans les prochains jours, de sa jeune sœur. Suite à quoi, la jeune femme vit une crise existentielle, qu'elle aura du mal à gérer: d'un côté le devoir (imposé par sa mère) de se trouver un mari, “n’importe quel mari”, et de l’autre, l'envie de rester indépendante, et de réussir sa carrière professionnelle. Elle panique aussi à l'idée de rentrer en Algérie, à cause des autres, qui regarderont du coin de l'œil cette fille qui vit “là-bas”. Le personnage de la mère est aussi important que celui de la narratrice, il participe grandement au déroulement du récit, tant son emprise et son omniprésence (par téléphone) terrorisent la jeune femme. Ses appels, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit rythment le récit, apportent une bonne dose d'humour. Le lecteur est le témoin, amusé, des échanges parfois hilarants entre les deux femmes. Ces interventions maternelles sont le principal atout du roman. Un autre personnage percutant est celui de la sœur: la voix de la raison pour la narratrice. Même si au début cette dernière est étonnée que sa jeune sœur puisse se marier avant elle, jusqu'à en éprouver une certaine jalousie, elles restent cependant très attachées l'une à l'autre, et se ballottent leur mère au téléphone dès qu'elle commence à agacer l'une d'elles. Le roman narre ainsi le dernier mois de la trentenaire avant son retour au pays natal, afin d'assister au mariage de sa sœur. Des questionnements liés au mariage, à la famille, et à la solitude l'assaillent durant tout le récit, où elle apprendra à se connaître, et à trouver sa place, entre ses deux villes préférées. L'héroïne tombe aussi dans une certaine nostalgie suite à cet appel, les souvenirs de son enfance algéroise durant les années de sang resurgissent, la mort de son père, les petites amourettes du lycée, et les années fac lui donnent envie de fouler le sol algérien le plus rapidement possible, même si elle tient à sa douillette vie parisienne. D’ailleurs, le titre Des pierres dans ma poche, représente les souvenirs de la narratrice, les pierres pour cette dernière symbolisent l'enfance et l'adolescence, aussi beaux soient-ils, ils représentent néanmoins un “poids” pour elle, d'où la métaphore des pierres qu'elle entasse dans ses poches, et qu'elle compte machinalement chaque fois qu'elle se remémore l’Algérie. Écrit dans un style fluide et sans fioritures, le deuxième roman de Kaouther Adimi est captivant par ses thèmes, a priori légers. Ce roman plonge le lecteur dans une certaine nostalgie de l’Algérie du siècle dernier. Certains n’hésiteront pas à affirmer que le roman ressemble étrangement à …une autobiographie. Le parcours de Kaouther Adimi est presque similaire à celui de son héroïne. Il ne faut pas oublier également de mentionner que l'humour caractérise cette œuvre, qui est utilisé par la narratrice afin de dédramatiser les situations dans lesquelles elle se retrouve. Yasmine Azzouz Roman Des pierres dans ma poche, de Kaouther Adimi Barzakh éditions, 2015, pages 176, prix 600 DA.

La tradition, entre boulet et nostalgie

L’héroïne du dernier roman de Kaouther Adimi Des pierres dans ma poche (éditions Barzakh), est anonyme, le lecteur sait seulement qu'elle est une jeune femme d'une trentaine d'années, d’origines algériennes et résidantes à Paris, où elle tient un poste important dans un magazine pour enfants.
Le calme apparent dans lequel vit la narratrice va bientôt être bouleversé par un appel de sa mère, depuis l'Algérie, annonçant les fiançailles, dans les prochains jours, de sa jeune sœur. Suite à quoi, la jeune femme vit une crise existentielle, qu'elle aura du mal à gérer: d'un côté le devoir (imposé par sa mère) de se trouver un mari, “n’importe quel mari”, et de l’autre, l'envie de rester indépendante, et de réussir sa carrière professionnelle. Elle panique aussi à l'idée de rentrer en Algérie, à cause des autres, qui regarderont du coin de l'œil cette fille qui vit “là-bas”.
Le personnage de la mère est aussi important que celui de la narratrice, il participe grandement au déroulement du récit, tant son emprise et son omniprésence (par téléphone) terrorisent la jeune femme. Ses appels, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit rythment le récit, apportent une bonne dose d'humour. Le lecteur est le témoin, amusé, des échanges parfois hilarants entre les deux femmes. Ces interventions maternelles sont le principal atout du roman. Un autre personnage percutant est celui de la sœur: la voix de la raison pour la narratrice. Même si au début cette dernière est étonnée que sa jeune sœur puisse se marier avant elle, jusqu'à en éprouver une certaine jalousie, elles restent cependant très attachées l'une à l'autre, et se ballottent leur mère au téléphone dès qu'elle commence à agacer l'une d'elles.
Le roman narre ainsi le dernier mois de la trentenaire avant son retour au pays natal, afin d'assister au mariage de sa sœur. Des questionnements liés au mariage, à la famille, et à la solitude l'assaillent durant tout le récit, où elle apprendra à se connaître, et à trouver sa place, entre ses deux villes préférées. L'héroïne tombe aussi dans une certaine nostalgie suite à cet appel, les souvenirs de son enfance algéroise durant les années de sang resurgissent, la mort de son père, les petites amourettes du lycée, et les années fac lui donnent envie de fouler le sol algérien le plus rapidement possible, même si elle tient à sa douillette vie parisienne.
D’ailleurs, le titre Des pierres dans ma poche, représente les souvenirs de la narratrice, les pierres pour cette dernière symbolisent l'enfance et l'adolescence, aussi beaux soient-ils, ils représentent néanmoins un “poids” pour elle, d'où la métaphore des pierres qu'elle entasse dans ses poches, et qu'elle compte machinalement chaque fois qu'elle se remémore l’Algérie.
Écrit dans un style fluide et sans fioritures, le deuxième roman de Kaouther Adimi est captivant par ses thèmes, a priori légers. Ce roman plonge le lecteur dans une certaine nostalgie de l’Algérie du siècle dernier. Certains n’hésiteront pas à affirmer que le roman ressemble étrangement à …une autobiographie. Le parcours de Kaouther Adimi est presque similaire à celui de son héroïne. Il ne faut pas oublier également de mentionner que l'humour caractérise cette œuvre, qui est utilisé par la narratrice afin de dédramatiser les situations dans lesquelles elle se retrouve.

Yasmine Azzouz

Roman Des pierres dans ma poche, de Kaouther Adimi
Barzakh éditions, 2015, pages 176, prix 600 DA.

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La tradition, entre boulet et nostalgie

Par philhadj Temps de lecture: 3 min
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