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Natif des Aurès, l’artiste peintre Karim Meziani a quitté les monts des Aurès pour s’installer au sud de la France où le bleu de la Méditerranée est devenu une inspiration et une source intarissable.

L’art est un rempart contre la médiocrité

Natif des Aurès, l’artiste peintre Karim Meziani a quitté les monts des Aurès pour s’installer au sud de la France où le bleu de la Méditerranée est devenu une inspiration et une source intarissable. Dans ses œuvres, la mer est omniprésente par sa beauté, son étendue et surtout sa couleur. De passage à Batna, cet artiste qui a fait le bonheur des cimaises des plus prestigieuses galeries, revient dans cet entretien sur son parcours dans l’art.

Liberté : Vous habitez dans le sud de la France, mais vous venez régulièrement à Batna, est-ce un retour aux sources ?
Karim Meziani : Je reviens pour le plaisir de l’enfance, je me revigore, car ma mémoire est innocente, elle a gardé les bons souvenirs, les moments d’enfance inoubliables, celle des jeux, des rencontres, de satisfaction, de peur quel que soit le statut social. Avec l’âge, j’ai l’impression que ce n’est pas hélas la ville que j’ai quittée, avec toute l’érosion culturelle qui est connue de tous. Ce qui est frappant est que nous avons l’impression qu’il y a un diagnostic : nous savons ce qui ne va pas, mais cela ne change rien à la situation. Cependant ce n’est qu’un avis, je ne juge pas, je ne suis pas là pour ça. C’est ma ville.

En étant loin de votre pays, ressentez-vous ce mal étrange que connaissent les artistes, loin des premières amours, des touches, des couleurs… ?
On doit s’y faire. On reste un peu comme des enfants avec une belle âme, ce qui peut être salvateur (rire). La vie est riche, à nous de nous enrichir de la vie, je ne parle pas de liasses de billets. Le bonheur est partout, il ne s’agit pas de le dilapider mais de le vivre et de le partager, à nous d’apprendre cette démarche. Il est vrai que je parle souvent de mon pays, de mes Aurès, c’est pour le partage. J’en parle à travers ce que je fais, je peins, c’est une partie indissociable de moi-même, sinon pourquoi ce retour ? Partir c’est souvent une nouvelle expérience, les voyageurs vous le diront, souvent c’est l’amertume et la solitude. Ces voyages amènent souvent à vivre de nouvelles expériences, les artistes font refléter ceci à travers leurs œuvres en musique, en peinture…

C’est l’artiste peintre qui parle…
Oui, si nous admettons que la peinture n’est pas une échappatoire, du moins pour moi. Elle m’a permis d’être en harmonie avec moi-même et avec les autres. L’art est une patience, une sensibilité, un état d’âme. Si un artiste ne transmet pas ça à son époque, il échoue. Et précisément, nous nous battons pour faire transmettre un message, l’art est un rempart contre la nullité et la médiocrité, excusez-moi de le dire.

Comment définissez-vous votre manière de travailler ?
Je ne programme rien, absolument rien. Je n’ai pas de projet, quand le jour se lève, je considère que c’est le début du bonheur. Le bonheur est mystique et spirituel, l’artiste en est un fervent partisan, il lui ajoute un espace d’expression, de préférence un bout de toile, aussi modeste soit-il, pas comme le religieux qui est un discours.

Le bleu est présent dans plusieurs toiles, en quelque sorte c’est votre “fidèle” compagnon. Pourquoi un tel penchant pour cette couleur ?
La vie est bleue, là où je vis, quand j’ouvre ma fenêtre, le paysage donne sur le bassin méditerranéen, mais qui s’étend jusqu’au Hoggar, chez l’homme bleu. Pourquoi refuser le rêve et rester prisonnier d’un cruel présent, lourd, dur et impitoyable ? Je peins des poèmes en bleu, je trouve que les gens y plongent et me rejoignent. Je crois que je crée une forme de magie, un univers qui est un peu le mien, mais sans égoïsme je le partage, et c’est ce que j’aime le plus. Nous sommes dans un siècle où il n’y a plus de frontière, pourquoi voulez-vous que je m’isole ou je me renferme, sachant que je dois apporter ma part, pour avoir ma place, sous le soleil bleu…

Songez-vous à réaliser des ateliers et expositions en Algérie ?
Oui, et ça me plaît beaucoup de retrouver des jeunes peintres mais aussi des chevronnés, pour parler d’art. Nous partageons des moments d’émotion sur l’art. Il n’y a pas de discours inutile, ça ne sert ni l’art ni les jeunes artistes qui ont besoin de s’y ouvrir. J’ai l’impression qu’on les a trop enfermés, d’une certaine manière ils ont beaucoup perdu de leur spontanéité : une clé pour l’artiste. Leurs œuvres doivent communiquer, parler pour eux au lieu de chercher une notoriété, si tu calcules et que tu attends qu’on parle de toi, tu es mort.

R. H.

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L’art est un rempart contre la médiocrité

Par philhadj Temps de lecture: 3 min
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