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Les avocats d’Al-Ismaïl : “Notre client a dérangé de gros intérêts”

La stratégie de défense de cet accusé, dès le début du procès, s’est basée justement sur les capacités de l’entreprise allemande.

Hier, au tribunal criminel d’Alger, les avocats de Mohamed Réda Djaafar Al-Ismaïl, patron de Contel Algeria, et un des accusés principaux dans l’affaire Sonatrach I ont plaidé la thèse selon laquelle leur client serait la victime des gros intérêts de la France dont les entreprises n’ont jamais admis l’incursion dans le marché de la sécurité.
C’est Me Nacera Ouali qui a ouvert le bal, estimant que “Mohamed Réda Djaafar Al-Ismaïl a vu son élan brisé parce qu’il a osé concurrencer les entreprises françaises dans un secteur qu’elles considèrent comme une chasse gardée, à savoir le marché de la sécurité”.
Pour appuyer son propos, Me Ouali a renvoyé le tribunal au contexte politique dans lequel l’affaire a éclaté. Un contexte, a-t-elle indiqué, marqué par des tractations entre le DRS et le clan présidentiel à l’approche de l’élection présidentielle de 2009, lesquelles tractations ont transcendé les frontières et amené les deux grandes puissances, les États-Unis et la France, à se poser des questions sur l’avenir de leurs intérêts en Algérie. Selon ses dires, Mohamed Réda Djaafar Al-Ismaïl aurait dérangé les intérêts français en s’associant avec les Allemands de Funkwerk Plettac pour sécuriser les installations industrielles de Sonatrach. Le suppléant de Khaled Dehina, son collègue dans le collectif plaidant pour Al-Ismaïl, a ressassé les réalisations de Contel et les vertus technologiques des équipements fournis par Funkwerk afin d’évacuer les accusations de majoration des prix et les délits qui en résultent. La stratégie de défense de cet accusé, dès le début du procès, s’est basée justement sur les capacités de l’entreprise allemande.
Me Mostefa Bouchachi, qui a déclaré que son client ne gênait pas uniquement les grandes entreprises de sécurité mais aussi les petites boîtes de gardiennage contrôlées par les retraités de l’armée, a ainsi fait un réquisitoire contre “ceux qui ont été à l’origine de la poursuite des cadres accusés dans cette affaire”. “Ces poursuites n’avaient pas pour but de protéger Sonatrach ou de préserver l’argent public, mais consistaient en une stratégie de destruction de tout ce qui fonctionne dans ce pays”, a-t-il estimé. Et d’ajouter : “Le parquet ne s’est pas auto-saisi, par exemple, comme l’a rappelé un confrère hier, sur la base des déclarations du jeune douanier qui a dénoncé le pompage illégal d’une partie du gaz algérien lequel s’est vu plutôt emprisonner, non pas pour une dénonciation calomnieuse mais, pour son engagement contre l’exploitation du gaz de schiste.”
En effet, Me Bouchachi a estimé qu’il y a une arrière-pensée politique à ces poursuites, celle de gêner un clan au profit d’un autre. Et, le résultat, a-t-il regretté, a été la destruction de cadres compétents que l’Algérie a mis des dizaines d’années à former. Il a donné l’exemple d’ABM, d’Al-Khalifa et d’autres affaires pour dire que les centres de décision ont toujours été épargnés et seuls les cadres paient. “En brisant l’homme, on condamne le pays au sous-développement. Le hic est que cela se fait par des mains algériennes. Aucun pays au monde n’a brisé ses cadres de cette manière.” Me Bouchachi, qui a invité le tribunal à se démarquer de la démarche suiviste de la chambre d’instruction et la chambre d’accusation, a indiqué que les procès-verbaux de la Police judiciaire sont des messages codés. “Ce sont des messages codés à l’intention de certaines personnes. Je n’aime pas citer des noms, parce que le plus grave à dénoncer est cette destruction systématique de ce tout ce qui est positif en Algérie. Quand des accusés parlent de torture, cela discrédite l’Algérie. Cette affaire a cassé la plus importante compagnie construite par l’Algérie indépendante. Son image a été salie, discréditant l’État algérien avec toutes ses institutions. Ce que Sonatrach a perdu à la suite de cette affaire est incommensurable. C’est cela la dilapidation des deniers publics et non pas ce qu’elle a payé pour s’équiper en systèmes de télésurveillance. La dilapidation des deniers publics se mesure aussi par la perte de ces cadres et l’expérience accumulée sur le terrain”, a-t-il déclaré. Me Bouchachi a affirmé que son client a été poursuivi juste parce qu’il connaît les fils de Meziane, allant jusqu’à justifier son recours à l’intermédiation du fils du P-DG de Sonatrach. “C’est une pratique ancrée dans la culture algérienne parce que rien ne fonctionne normalement. Il faut connaître un tel ou un tel pour régler jusqu’au petit problème comme se procurer un extrait d’acte de naissance. Al-Ismaïl ne l’a pas fait pour accéder à d’indus avantages mais pour faire valoir son droit et son ambition légitime de présenter des offres à Sonatrach. Les frères qui ont fabriqué ce dossier ont cassé ce jeune ambitieux pour des calculs politiciens. Il aurait pu devenir spécialiste de la télésurveillance en Algérie. Ils l’ont cassé parce qu’ils ont une courte vue”, a-t-il déclaré.
Il a conclu sa plaidoirie en sollicitant le tribunal d’innocenter Al-Ismaïl et prononcer un jugement rompant avec les pratiques des tribunaux algériens, validant sans grand effort les accusations de la Police judiciaire. Il convient de rappeler que le représentant du ministère public a requis 15 ans de prison ferme à l’encontre de Mohamed Réda Djaafar Al-Ismaïl, poursuivi dans cette affaire Sonatrach I, pour organisation d’une association de malfaiteurs, conclusion de marchés en violation de la réglementation, trafic d’influence, participation dans la dilapidation de deniers publics, corruption et blanchiment d’argent.

Lyas Hallas

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Les avocats d’Al-Ismaïl : “Notre client a dérangé de gros intérêts”

Par philhadj Temps de lecture: 4 min
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