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De quand date la fuite des cerveaux d’Algérie ? Qu’est-ce qui provoque ces vagues migratoires ? La typologie sociologique sur l'histoire des trajectoires migratoires de l’intelligentsia algérienne diasporique, la première fois du genre, présentée par le sociologue Karim Khaled, fait apparaître quatre “âges historiques” : âge d’appartenance, âge des références antagonistes, âge des préférences et des volontarismes et âge des désillusions et des ruptures. Dans une contribution titrée “Les ‘quatre âges’ de l’émigration intellectuelle algérienne” et publiée récemment dans un ouvrage collectif du Cread sur la fuite des cerveaux au Maghreb, ce dernier se penche sur l’histoire de la migration, de l’époque ottomane à nos jours, en passant par la période coloniale et celle de l’État indépendant. S’inspirant des travaux d’Abdelmalek Sayad, pionnier de la sociologie de la migration algérienne, le chercheur du Cread révèle dans sa “typologie-synthèse” que la migration intellectuelle algérienne est “profondément” liée aux conditions historiques de la colonisation de l’Algérie, depuis 1830. Sans minimiser la responsabilité de celle-ci qui prétendait avoir à son service “une intelligentsia locale acculturée”, Karim Khaled atteste qu’au lendemain de l’Indépendance (3e moment historique), une lutte “féroce” pour l’équilibre a été engagée, à travers notamment le lancement de “la politique d’arabisation” et des multiples “réformes” du système éducatif. Selon lui, ces réformes ont “déséquilibré les rapports de force au profit des arabisants, fidèlement attachés aux ‘années d’or’ de la civilisation arabe”, à l’origine d’un imaginaire qui donnera naissance, entre autres, à “la formation doctrinale de la mouvance islamiste”. Pour le sociologue, les années 1990 (début du 4e âge historique) représentent une “période de (re)montée en surface des conflits longuement refoulés par les arabisants et les françisants”, accompagnée de “déception et de malaise”. C’est au cours de cette période qu’a déferlé une “vague d’émigration intellectuelle” composée dans sa majorité du pur produit de l’enseignement supérieur “en situation de crise sociale”, une migration concentrée dans “les pays du Golfe” et dans “l’espace de la francophonie, surtout la France et le Canada”. Cette crise, écrit-il, trouve son sens dans la “lutte pour l’équilibre/déséquilibre entre ces deux modes identitaires”, qui n’arrivent pas à trouver de compromis, par la faute du “politique dominant” qui use de “toutes les formes de cooptations et d’instrumentalisations”. Mais, la problématique de fond se situe, selon lui, dans la combinaison entre le “statut épistémique” des intellectuels algériens et les “fonctions idéologiques” de l’État-nation, qui se veut “jacobin et unanimiste”. Une problématique renforcée par le rapport entre les “Je” et les “Nous”, qui structurent la “mémoire sociale” et “conflictuelle” de l’intelligentsia algérienne engagée, suscitant “toujours des départs massifs” et instaurant “structurellement” la migration intellectuelle. Pour le chercheur du Cread, ces quatre moments historiques confirment, si besoin est, que le champ intellectuel algérien a des difficultés à devenir autonome, demeurant ainsi “l’héritier de toutes les divisions idéologiques et sociales refoulées et soumises en silence, depuis la naissance du mouvement national”. Hafida Ameyar

Migration des intellectuels algériens : les quatre moments historiques

De quand date la fuite des cerveaux d’Algérie ? Qu’est-ce qui provoque ces vagues migratoires ? La typologie sociologique sur l'histoire des trajectoires migratoires de l’intelligentsia algérienne diasporique, la première fois du genre, présentée par le sociologue Karim Khaled, fait apparaître quatre “âges historiques” : âge d’appartenance, âge des références antagonistes, âge des préférences et des volontarismes et âge des désillusions et des ruptures.
Dans une contribution titrée “Les ‘quatre âges’ de l’émigration intellectuelle algérienne” et publiée récemment dans un ouvrage collectif du Cread sur la fuite des cerveaux au Maghreb, ce dernier se penche sur l’histoire de la migration, de l’époque ottomane à nos jours, en passant par la période coloniale et celle de l’État indépendant.
S’inspirant des travaux d’Abdelmalek Sayad, pionnier de la sociologie de la migration algérienne, le chercheur du Cread révèle dans sa “typologie-synthèse” que la migration intellectuelle algérienne est “profondément” liée aux conditions historiques de la colonisation de l’Algérie, depuis 1830.
Sans minimiser la responsabilité de celle-ci qui prétendait avoir à son service “une intelligentsia locale acculturée”, Karim Khaled atteste qu’au lendemain de l’Indépendance (3e moment historique), une lutte “féroce” pour l’équilibre a été engagée, à travers notamment le lancement de “la politique d’arabisation” et des multiples “réformes” du système éducatif.
Selon lui, ces réformes ont “déséquilibré les rapports de force au profit des arabisants, fidèlement attachés aux ‘années d’or’ de la civilisation arabe”, à l’origine d’un imaginaire qui donnera naissance, entre autres, à “la formation doctrinale de la mouvance islamiste”.
Pour le sociologue, les années 1990 (début du 4e âge historique) représentent une “période de (re)montée en surface des conflits longuement refoulés par les arabisants et les françisants”, accompagnée de “déception et de malaise”. C’est au cours de cette période qu’a déferlé une “vague d’émigration intellectuelle” composée dans sa majorité du pur produit de l’enseignement supérieur “en situation de crise sociale”, une migration concentrée dans “les pays du Golfe” et dans “l’espace de la francophonie, surtout la France et le Canada”.
Cette crise, écrit-il, trouve son sens dans la “lutte pour l’équilibre/déséquilibre entre ces deux modes identitaires”, qui n’arrivent pas à trouver de compromis, par la faute du “politique dominant” qui use de “toutes les formes de cooptations et d’instrumentalisations”.
Mais, la problématique de fond se situe, selon lui, dans la combinaison entre le “statut épistémique” des intellectuels algériens et les “fonctions idéologiques” de l’État-nation, qui se veut “jacobin et unanimiste”.
Une problématique renforcée par le rapport entre les “Je” et les “Nous”, qui structurent la “mémoire sociale” et “conflictuelle” de l’intelligentsia algérienne engagée, suscitant “toujours des départs massifs” et instaurant “structurellement” la migration intellectuelle.
Pour le chercheur du Cread, ces quatre moments historiques confirment, si besoin est, que le champ intellectuel algérien a des difficultés à devenir autonome, demeurant ainsi “l’héritier de toutes les divisions idéologiques et sociales refoulées et soumises en silence, depuis la naissance du mouvement national”.

Hafida Ameyar

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