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Des symboles culturels de la capitale française comme le Musée du Louvre et la cathédrale de Notre-Dame de Paris gardent leurs portes fermées pour des raisons de sécurité.

Paris se barricade

Des symboles culturels de la capitale française comme le Musée du Louvre et la cathédrale de Notre-Dame de Paris gardent leurs portes fermées pour des raisons de sécurité. La mise en application du plan “alerte attentat” a entraîné également une baisse d’activité des restaurants et des grands magasins.

Les lampions sont éteints, la musique s’est tue, le rire s’est dissipé. Même les prières n’ont plus de lieux pour s’exprimer. Les kamikazes, qui ont interprété avec les rafales de leurs kalachnikovs le requiem de la mort vendredi soir au Bataclan, ont réduit une ville entière au silence et l’ont obligée à se murer, à rompre avec sa joie de vivre et sa désinvolture. Paris, la ville des lumières, de la culture, des arts, une des plus belles destinations touristiques dans le monde, ne badine pas avec la peur. Elle prend ses précautions et se montre vigilante au cas où il se passerait encore quelque chose de terrible.
“Compte tenu des événements, des consignes de sécurité viennent de nous parvenir. Nous devons, jusqu’à nouvel ordre, annuler toutes les représentations”, révèle au téléphone une assistante du centre culturel de Draveil, au sud de Paris, où un spectacle pour enfants était prévu dimanche prochain. Dans cette ville paisible, l’église, le conservatoire ainsi que la salle de cinéma sont également fermés pour une durée indéterminée. Comme c’est le cas dans toutes les autres agglomérations de la région de l’Île-de-France.
Au centre de la capitale, la mythique salle de l’Olympia, située au 28 rue des Capucines, dans le 9e arrondissement, non loin du Bataclan, est également close. Très désappointé, son responsable commercial ne sait pas vraiment quand les représentations reprendront. The DO, groupe de pop rock, était le dernier à passer sur scène, vendredi. Dans un communiqué, ses membres ont annoncé qu’ils ne joueront plus, non pas par peur mais en solidarité avec les victimes des attentats. D’autres artistes, rares il est vrai, veulent, malgré tout, continuer le show. La chanteuse de R’n’B, Shy’m, s’est entendue avec la direction du palais omnisports de Bercy pour donner un concert hier soir
devant 20 000 spectateurs, avec des conditions de sécurité renforcées.
“Ce n'est pas de l'inconscience ou de l'ignorance mais de la résistance. Résistons en continuant de vivre, de rire, de s'aimer et montrons un visage vivant et heureux de la France”, a-t-elle proclamé sur sa page facebook. Le directeur devrait néanmoins recruter des personnels de sécurité supplémentaires pour assurer la sécurité. Ce qui n’est pas le cas ailleurs.
De petits lieux de spectacle (comme la Cigale à côté de Barbes où devait se produire le chanteur Pierre Perret) ou de grandes institutions doivent prendre davantage de mesures de protection. “Renforcer la sécurité, cela signifie acheter plus de matériel, de portiques, mais surtout des détecteurs, multiplier le personnel de sécurité, les fouilles de personnes et des sacs, tout en essayant d'éviter de générer des files d'attente à l'extérieur qui peuvent devenir anxiogènes”, a expliqué à l'AFP le directeur général de la Philharmonie, Laurent Bayle.
De son côté, le directeur de l’Opéra de Paris (où la star Prince vient d’annuler un concert prévu en décembre), estime à plusieurs centaines de milliers d’euros les frais de sécurité supplémentaires après ceux engagés au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, d’un montant de 100 000 euros.
Hier, des producteurs de spectacles devaient se réunir afin de s’entendre sur les procédures à prendre pour protéger les salles. Les responsables des principaux musées de la capitale attendent également d’y voir plus clair avant de permettre au public de renouer avec leurs établissements. Le Louvre et le Musée de l’Homme, grandes attractions touristiques, n’ont pas accueilli de visiteurs depuis vendredi. Aucune date de réouverture n’est annoncée pour le moment. Les portes de Notre-Dame de Paris, joyau architectural de la capitale française, restent également closes. Les visiteurs, qui avaient l’habitude de s’y engouffrer par milliers, ont, au grand dam des professionnels du tourisme, disparu. Didier Chenet, président du Syndicat national des hôteliers et des restaurateurs, est inquiet. Depuis les attentats, le nombre des touristes a baissé considérablement. Sur le plan financier, les répercussions sont importantes. Les hôtels parisiens ont enregistré un nombre record d’annulations de réservations alors que le chiffre des restaurateurs de luxe a baissé de moitié. “Après l’attaque terroriste de janvier dernier, l’activité est repartie très vite. Il y avait de grands rassemblements. Les gens n’avaient pas peur de sortir. Mais cette fois, on les encourage plutôt à rester chez eux et à faire attention. Ce qui rend la situation difficile. Nous sommes très inquiets pour la période de Noël”, confie M. Chenet.
La présence accrue des éléments des forces de sécurité évidemment a de quoi effrayer les touristes. 5 000 militaires patrouillent dans Paris. La Tour Eiffel, qui s’est parée des couleurs du drapeau tricolore pour recevoir à nouveau ses admirateurs, est encadrée par des patrouilles en treillis verts. Dans les gares et les aéroports, les militaires sont omniprésents. Ils sont également visibles à l’entrée des grands magasins, où les clients ne se bousculent pas. Sur l’avenue Haussmann où se trouvent les temples de la mode made in France, les Galeries Lafayette et les magasins Le Printemps qui avaient gardé leurs rideaux baissés pendant le week-end, ont repris leurs activités, sans beaucoup d’enthousiasme.
Les affaires sont moroses et le moral des ménages parisiens en berne. La Fnac, grande enseigne de produits culturels et électroniques, a enregistré, résignée, une baisse de fréquentation qui s’est vite répercutée sur la valeur de son titre en Bourse. Les salles de cinéma sont également dépeuplées. Dans les écoles, l’ensemble des sorties culturelles a été annulé, conformément au plan alerte attentat du dispositif Vigipirate. Des consignes de sécurité drastiques sont également appliquées dans les universités. Le Salon européen de l’Éducation, plus grande manifestation estudiantine de l’année qui devait se tenir demain, a été, lui aussi, annulé.

S. L.-K.

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Paris se barricade

Par philhadj Temps de lecture: 4 min
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