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Le premier témoin auditionné était l’ancien DG de Saipem Contracting Algeria (2010-2013), Antonio Careddu, qui a succédé à Tulio Orsi, signataire du contrat au nom de Saipem Contracting Algeria.

Projet du GK3 : l’ombre de Farid Bedjaoui

Le premier témoin auditionné était l’ancien DG de Saipem Contracting Algeria (2010-2013), Antonio Careddu, qui a succédé à Tulio Orsi, signataire du contrat au nom de Saipem Contracting Algeria.

Le tribunal criminel d’Alger a entamé, avant-hier, en fin d’après-midi, l’audition des témoins concernés par le deuxième volet de l’affaire lié au marché du troisième lot du gazoduc reliant Hassi R’mel à El-Kala, celui allant d’Aïn Djasser à Koudiat Draouche avec une bifurcation à partir de Tamlouka dans la wilaya de Guelma vers Skikda sur une distance de 350 km attribué à Saipem pour un montant de 585 millions USD.
Le premier témoin auditionné était l’ancien DG de Saipem Contracting Algeria (2010-2013), Antonio Careddu, qui a succédé à Tulio Orsi, signataire du contrat au nom de Saipem Contracting Algeria, poursuivie en tant que personne morale pour majoration des prix et corruption. Antonio Careddu, qui a répondu nerveusement aux questions du juge, a estimé que son entreprise a terminé le projet avec 150 millions de perte. “C’est une perte engendrée d’abord par la réduction accordée à Sonatrach (15%) par rapport au montant de l’offre initiale (688 millions USD) et sur la base de laquelle son entreprise a obtenu le marché. Et ensuite les difficultés liées au tracé et qui ont été sous-estimées dès le départ”, a-t-il soutenu.
Le manager italien a expliqué qu’“en plus des difficultés du tracé avec ses montagnes et forêts, son entreprise a eu à gérer des retards dus au départ du sous-traitant syrien après l’éclatement de la guerre en Syrie et aussi aux grèves des travailleurs cumulant un mois”.
Pour démontrer la perte de 150 millions USD dont il parle, il a renvoyé le tribunal à une comparaison du prix du kilomètre linéaire sur des tracés similaires à travers le monde et a insisté sur la sous-estimation de bien d’autres projets du secteur des hydrocarbures en Algérie : “La construction par l’américaine KBR de l’usine de liquéfaction du gaz de Skikda a commencé avec 2,8 milliards USD et a terminé avec 3,8 milliards USD. Nous avons perdu la soumission pour la réhabilitation de la raffinerie d’Alger parce que notre offre représentait le double de celle des Français de Technip. Or, cette entreprise a réclamé en cours de route un avenant de 500 millions USD et le projet a fini dans les dédales de l’arbitrage international.”

“C’était une stupidité de mon prédécesseur !”
À la question de savoir si Saipem avait, comme l’a révélé l’instruction, sous-traité des tâches à l’entreprise française Spie Capag, concurrente de Saipem dans la consultation restreinte lancée pour ce projet, il a également dit “non”. Antonio Careddu, qui n’a pas nommé le sous-traitant syrien qui, selon ses dires, a abandonné le chantier à cause de la guerre déclenchée dans son pays d’origine, parlait pourtant d’Ogec, seul sous-traitant syrien ayant presté dans le cadre de ce projet.
Or, contre cet argument fallacieux qui ne peut qu’être contredit par les flux de réfugiés syriens fuyant l’horreur, il faut noter qu’Antonio Careddu a omis de dire que Farid Bedjaoui était actionnaire dans ce groupe domicilié au Liban aux côtés des membres de la famille syrienne Ouais. Et le départ de ce sous-traitant ne peut s’expliquer que par l’éclatement du scandale Sonatrach. Lors de son audition, Mohamed Réda Meziane, fils aîné du P-DG Mohamed Meziane, a même révélé que Farid Bedjaoui a reçu un virement de 13,5 millions d’euros pour ce projet du GK3.
Au sujet du recrutement de ce fils de Meziane comme consultant à Saipem, le juge a demandé au manager italien si son entreprise l’avait embauché pour l’utiliser comme interface avec son père et s’il trouve la situation normale pour ce qu’elle représente comme conflit d’intérêts. Il a eu cette réplique : “C’était une stupidité de mon prédécesseur. Si au moins ce gosse avait une influence, il nous aurait fait plutôt gagner de l’argent. Je ne vois pas le conflit d’intérêts vu que nous en avons perdu pour ce projet du GK3.” Antonio Careddu a ainsi justifié l’erreur de son prédécesseur Tulio Orsi par ses difficultés psychologiques. “Notre entreprise est publique et je sais qu’en Italie, le recrutement d’un ‘fils de’ nous aurait faire subir les foudres de l’ensemble des travailleurs. Or, Tulio Orsi a passé six ans en tant que DG de Saipem ici en Algérie contre la règle de la compagnie qui assure la rotation des cadres dirigeants tous les trois ans. Sa fille avait abandonné ses études en Italie et il avait des difficultés psychologiques.”
Quant à l’argent versé au profit de Mohamed Réda Meziane, Careddu précise : “Il a occupé un poste qui existait déjà et sa tâche était de sélectionner les sous-traitants locaux. Son salaire était comptabilisé et nous avons tous les documents qui l’attestent.” Pour les 4 millions de dinars qui ont servi à l’achat d’une Audi pour l’épouse de Mohamed Réda Meziane, un prêt selon ce dernier, Careddu a dit ne disposer d’aucune trace comptable les concernant. “Si c’était un prêt à titre privé, je ne peux m’immiscer dans leur relation personnelle.” Et de conclure : “Je n’ai pas trouvé des documents signés en son nom en tant que consultant non plus.”

Lyas Hallas

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Par philhadj Temps de lecture: 4 min
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