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Révision de la Constitution : Un plébiscite sans surprise

Abdelkader Bensalah savait, sans aucun doute, qu’il était en terrain conquis et qu’aucun grain de sable n’allait venir enrayer la machine, lancée, du reste, à plein régime.
La conférence parlementaire, hier, au Palais des nations du Club-des-Pins à Alger, à l’effet de se prononcer sur le projet de révision constitutionnelle soumis par le président de la République, a été, de bout en bout, une cérémonie bien ficelée, comme voulu, sans aucun doute, en haut lieu. Une partition réglée comme du papier à musique où les rôles ont été attribués aux uns et aux autres, de sorte qu’aucune dissonance ne vienne perturber “l’harmonie” des plans conçus par nos gouvernants. Et ce n’est certainement pas le programme trop chargé pour la circonstance, avec pas moins de dix interventions et deux exposés, qui allait peser, un tant soit peu, sur le résultat final. En détaillant dans la matinée, l’ordre du jour de la session, le président de séance, Abdelkader Bensalah, en maître de cérémonie bien rodé, donnait déjà le ton quant à l’issue inéluctable de la conférence, en annonçant d’emblée que le chef de l’État a adressé aux membres du Parlement une allocution qui sera lue dès l’adoption du projet de Constitution.
L’absence des députés de l’opposition, notamment ceux du FFS et de l’Alliance de l’Algérie Verte, qui ont, rappelle-t-on, boycotté la conférence, n’a visiblement pesé aucunement sur la mise en scène, menée, à l’évidence, de main de maître. La présence d’une quinzaine de députés du Parti des travailleurs ne pouvait, pour ainsi dire, altérer la minutie de la cérémonie, d’autant que l’on savait avant même le début des travaux, que le Comité central du parti avait décidé de s’abstenir lors du vote. Aussi, les députés du PT se sont abstenus, d’abord, une première fois, lors de l’adoption du règlement intérieur du congrès parlementaire avant de récidiver à l’occasion du vote. Ceux qui s’attendaient à un “bémol” de la part de cette formation politique au cours de cette assemblée en seront pour leurs frais. Car l’intervention du chef de groupe parlementaire de ce parti à l’Assemblée nationale, Djelloul Djoudi, a bel et bien participé et donné un semblant de crédit à une démarche rejetée par la majeure partie de l’opposition. Sûr de ses intentions et de l’efficacité de son plan d’exécution, le pouvoir politique voulait, malgré tout, sauvegarder la forme. Et c’est, semble-t-il, ce qui explique, que l’on ait pris autant de peine à “meubler” cette session avec plusieurs allocutions qui, hormis celle du PT, ont, toutes versé dans un optimisme pour le moins béat et dans une célébration enflammée des “acquis” du règne de Bouteflika. Dès lors, la présentation du rapport de la commission conjointe du Parlement ne pouvait que donner lieu à une longue logorrhée sur les avancées promises par la nouvelle Constitution. Visiblement ragaillardi par les applaudissements de l’assistance quasiment acquise, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a retrouvé, pour la circonstance, un semblant de sérénité qui lui faisait tant défaut ces dernières semaines. Tout “fier de la confiance placée en lui par le président Bouteflika” pour présenter le projet de révision de la Constitution, il ne s’est pas gêné pour évoquer le caractère “consensuel” et l’approche “globale” de ce texte qui, assure-t-il, “consolide la démocratie” dans notre pays. En distribuant la parole aux sept chefs de groupes parlementaires, deux du FLN, deux du RND, celui des indépendants à l’APN, celui du tiers présidentiel au Conseil de la nation et, enfin, celui du PT, Abdelkader Bensalah savait, sans aucun doute, qu’il était en terrain conquis et qu’aucun grain de sable n’allait venir enrayer la machine, lancée, du reste, à plein régime. Et ce n’est certainement pas le chef du groupe parlementaire des indépendants à l’APN qui allait, dans le cas d’espèce, contrarier ses plans. Intervenant ainsi, au nom de ses pairs, ce dernier n’hésite pas à clamer, haut et fort, son “soutien total et sans réserve” au projet de révision constitutionnelle.
À la fin des interventions des chefs de groupes parlementaires, la parole a été, de nouveau, donnée au rapporteur de la commission parlementaire conjointe qui a présenté le rapport final de cette instance. L’appel de cette dernière à voter en faveur du texte a provoqué un tonnerre d’applaudissements dans la salle. Cet empressement des parlementaires à adopter le texte n’aura pas manqué de gêner le président de séance, contraint de rappeler à l’assistance que le projet n’était pas encore validé. Préparés à l’avance, le contenu des discours du président Bouteflika, lu pour la circonstance par M. Bensalah lui-même, celui de ce dernier, lu également par lui, et celui du Premier ministre Abdelmalek Sellal, ont fini de lever le voile sur une démarche qui, en fin de compte, avait tout d’un fait accompli qu’on a voulu peut-être quelque peu masquer. En vain. Résultat : le projet de révision de la Constitution est passé en force en recueillant 499 voix pour, sur un total de 512 parlementaires présents et 5 qui se sont exprimés par procuration.

Hamid Saïdani

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Par philhadj Temps de lecture: 4 min
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