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Tunisie: Hymne à l’horreur

Hymne à l’horreur : la petite tête de Mabrouk vendue aux enchères des vivants-morts

J’aurais tant aimé que mes chroniques soient plus joyeuses et optimistes mais ma plume n’est que le reflet du bas monde dans lequel nous ne nous supportons plus et où chacun de nous veut évincer l’autre. Nous assistons à l’ère de la mort des humains et nous gérons la terreur au nom des nationalités et des religions, l’absurdité n’a pas fini de nous surprendre..

Pendant que John Kerry survolait notre petit beau pays, faisant une liste de recommandations à la Prévert à la Tunisie (financements, armements, sécuritaires), des terroristes retranchés dans la montagne de Mghila ont décapité Mabrouk Soltani, un jeune berger, la scène a été filmée..

Penser à la réaction de la mère en voyant la ‘tête’ de son fils de 16 ans entre les mains de son frère, choqué et pétrifié ad vitam aeternam me plonge dans un lourd silence qui me fait basculer vers un état, second, un état de paralysie temporaire – ou pas-, une douleur aigue au cœur me prend, un regard perdu, tête penchée vers le néant lointain, me turlupine j’appelle cela la douleur…

Mabrouk, cet innocent petit berger plein de vie et d’espoir a été sauvagement décapité, mais sa mère elle, a été martyrisée, deux fois assassinée, la première fois lorsqu’on lui tend la tête de son fils, la deuxième, lorsque la ‘tête’ passe la nuit dans son frigo…

L’hymne à la douleur, l’hymne à la rage, l’hymne à la psychose est le titre de cette nuit là…

La maman victime aurait pu être assassinée une troisième fois si elle avait lu les titres de la presse locale à l’instar de : Sidi Bouzid: Funérailles du berger Mabrouk Soltani…au yeux de ces gens là, son fils n’était qu’un simple berger, qui est mort en berger, heureusement donc que la brave dame ressuscitée est illettrée..

Mabrouk, n’était pas simplement un berger mais le premier enfant martyr tunisien sacrifié par les loups de la montagne, des loups s’en prendraient à ses chèvres et ses moutons me direz-vous, c’est plutôt des hyènes, assoiffées de sang humain, pur, frais et innocent.

Les hyènes, volontairement exilées dans des grottes ténébreuses ont surgi de leur tombes vivantes et ont brisé la nuque du martyr décapité avant de remettre sa tête à son jeune compagnon qui se trouve actuellement dans un état lamentable…

Mabrouk, n’a pas eu beaucoup de chance de sont vivant, il est né dans une famille très pauvre dans une région marginalisée et a dû abandonner ses études très jeune pour s’occuper du troupeau de son père, il a eu moins de chance quand son chemin a croisé celui des hyènes qui l’attendaient au tournant et il a eu beaucoup moins de chance, étant égorgé dans une Tunisie où même la mort est calculée.

Si Victor Hugo était encore vivant, il aurait fait fureur en écrivant, les Misérables de Jelma , la pauvre famille de Mabrouk l’aurait inspiré pour faire pleurer des millions de lecteurs toutes classes sociales confondues…

En vérité, les vrais misérables, c’est nous, pauvres citoyens du monde, silencieux d’un silence complice et coupable, nous autres qui suivons la masse, qui avons mal pour les victimes de Beyrouth, de Paris, du Kenya, de Syrie et de la compassion pour l’assassinat de Mabrouk mais qui ne faisons rien, pour faire changer les choses car, rappelons-le, nous ne faisons que récolter la haine semée..

Une haine qui perdure, qui hante nos villes et s’entasse dans nos cœurs ternes et taciturnes. Nous sommes divisés, et nous nous entretuons pour la vie, n’est ce pas paradoxal?

Mourir pour la vie, tuer pour exister, pour s’imposer ou s’enrichir ou se protéger, l’humanité n’a finalement pas tellement évolué depuis les guerres et croisades, les guerres ont changé de forme mais la culture de la mort est encore encrée dans l’esprit de certains mais qui sont ils vraiment ?

Ceux que nous voyons dans nos écrans, ceux qui filment, ou ceux qui fabriquent les caméras ? L’amalgame qui dure a entrainé le monde dans une autodérision absolue et fatale, a détruit les mûrs de la logique, désormais, les peuples ont peur, ils avancent vers l’inconnu et craignent tout ce qui les entoure, quelle vie ? Quel lendemain ?

Dans mon continent, on n’aspire plus à la liberté ni à la démocratie on aspire seulement à la survie..

C’est pourtant à Sidi Bouzid, le 17/12/2011 que la chasse à la liberté a commencé, c’est de là que c’est parti, comment est-ce possible que cela arrive là ?

Comment ne pas décréter le deuil national, fermer les écoles, les administrations publiques, les édifices et les bouches, après ce qui s’est passé ? après ce drame, tout doit s’arrêter, tout le monde y compris moi et vous, doit se remettre en question. Nous devons faire notre deuil collectif et nous punir.

Sidi Bouzid, nous l’avons rêvée libre, nous l’avons rêvée paradisiaque, nous l’avons désirée berceau de la révolution des mentalités et des cerveaux, de la révolution de la dignité mais la voilà récupérée et transformée en terreau de recrutement de hyènes..

Il faut arrêter de se sentir à l’abri et non concerné, ce qui est arrivé à Bouzid, peut arriver à Paris (d’une manière moins barbare ‘peut être’) mais cela peut arriver n’importer où, là où l’âme humaine n’a pas de prix pour certains, qu’ils soient retranchés dans des maquis ou assis sur des sièges du parlement.

La mort aussi ne choque plus, l’horreur ne fait mal qu’à ceux qui la subissent et c’est bien cela la naissance d’une monde, sans humains..

Du lien entre la mort et la vie, nous ne sommes plus que des corps qui marchent et qui courent. Nos cœurs ne nous servent plus que d’une pompe à oxygène et nos bouches de dépôt de carburant pour survivre.

Mabrouk, je le pleure encore et j’allais lui adresser une belle lettre émouvante comme je l’ai fait pour le petit réfugié Syrien, Ailan mais je ne le ferai pas, car ma lettre à Ailan, n’a point fait changer les choses, je pleure chaque jour encore plus, je souffre chaque jour encore plus et je m’enlise dans le silence des vivants et les cris des morts.

Te voilà parti mon grand, te voilà coupé en deux mais vivant dans l’au-delà, ton chien t’a pleuré toute la nuit et il pense fort à toi, parce que les chiens sont ce qui reste de plus ‘humain’ dans notre bas monde.

Reste là où tu es, prends soin de Ailan et raconte ce qu’on t’a fait à Chokri..

Nous penserons fort à toi, ta famille sera visitée des politiciens et de hauts responsables qui vont promettre de s’en occuper, tes frères seront en sécurité, logés et nourris mais on ne punira peut être jamais , les auteurs de ton crime nauséabond et c’est tout ce qu’on peut faire…

Ne t’attends pas à grand-chose, ton pauvre chien a fait mieux que nous !

Je suis sincèrement désolée.

De Tunis (pour Liberte-algerie.com)

Mounira El Bouti

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Tunisie: Hymne à l’horreur

Par philhadj Temps de lecture: 5 min
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